Tordre la guenille

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Je comprends pourquoi t’es parti.

Pis je dis pas ça dans le sens de : « Je comprends que ça allait mal nous deux, qu’on s’était perdus de vue, que la communication était difficile, qu’on se chicanait pas mal et qu’on correspondait peut-être pas exactement aux besoins de l’autre, finalement. »

C’est pas un de ces « je comprends » générique qui s’appliquerait à n’importe quelle rupture, même si tout ce qui précède est vrai.

Non, je veux dire que je sais pourquoi tu m’as laissée. Je veux dire qu’en dépit du fait que tu avais toi aussi tes torts, évidemment, je suis capable d’admettre que j’ai pu être assez difficile à vivre pour que tu me quittes.

J’avoue que je me suis autosabotée ça sur un esti de temps.

Ouch, right?

Mes enjeux

Le fameux manque d’estime

Pour la petite mise en contexte, parce que je présume que la plupart des gens qui liront ceci ne seront pas toi, je m’aime pas, ou du moins, je me suis longtemps pas aimée. En somme, j’ai perdu 60 livres, et pour le perdre, il a fallu, logiquement, que je le prenne à un certain moment donné.

Mon âme féministe aime chaque fissure laissée sur mon corps par son parcours tumultueux parsemé de plusieurs prises et pertes de poids. Et une autre partie de moi, celle remplie à rabord des standards que la société m’a enfoncé dans la gorge, capote crissement avec mes vergetures, ma peau un peu slaque pis mes seins qui semblent un peu avoir besoin d’un petit coup de fer à repasser. Je veux pas avoir l’air de me plaindre : pour être franche, ces temps-ci, j’embrasse mes singularités, que j’ai la décence d’avoir arrêté de nommer « imperfections ». Je vais mieux, je m’aime plus et j’apprends à lâcher prise.

Mais j’ai juste le goût de te dire que je sais à quel point ça a pu être pénible. Être si belle à tes yeux et si peu aux miens. Constamment sentir mon besoin de validation, te le faire imposer jusqu’à complètement tuer le naturel touchant d’un compliment bien senti. Et tout ce que ça impliquait dans le quotidien : le besoin de me sentir désirée, ou à tout le moins désirable, tout le temps, et de jamais me sentir en compétition. Pas très mature, j’en consens, et assez triste merci.

Au fond, je comprends qu’on appartient à personne, comme l’explique si bien Catherine Dorion dans Les luttes fécondes, livre que je t’ai offert quelques semaines avant que tu me quittes et dans lequel elle évoque justement le fait qu’elle-même a longtemps eu ce besoin de se sentir parfaitement satisfaisante pour un homme, utilisant le « désir de l’autre comme boussole ». Comme elle à l’époque, je m’oubliais pour toi jusqu’à susciter ton détachement : « Le respect obtenu parce qu’on s’est effacé(e) n’est pas du respect, c’est du mépris. »

Pour la citer encore une fois dans un autre passage :

« Au fond, (…) regarder l’amour en face, c’est un peu comme rencontrer un ours en forêt. Une seule règle : ne pas se laisser emporter par la peur. »

Tu m’as reconnue dans cette personne effacée et obsédée par le désir de l’autre, le tien, et ce, avant même d’avoir lu ces mots confirmant ceux qui tournoyaient dans ta tête. T’as voulu sauver ta peau, à défaut de continuer à savourer la mienne. Parce qu’ironiquement, si y’a une chose que je sais, c’est que tu me désirais, même à la fin. Mais je peux pas te blâmer. Tu t’es laissé emporter, avec raison.

Au moins, je me suis montrée vraie, je me suis dévoilée complètement, telle que j’étais à ce moment-là, même si j’étais pas à mon meilleur. Oser être totalement authentique en relation, c’est prendre le risque d’être aimé pour qui on est réellement, mais aussi de pas l’être, comme dit si bien ma psy. Cette fois-ci, j’ai perdu la game. Mais ça viendra.

Ceci dit, ces insécurités venaient de moi. C’est jamais venu de toi, t’en as jamais été la cause, au contraire. Et ça faisait pas de sens, mon affaire. Je l’ai toujours su. Mon côté rationnel était juste incapable de prendre le dessus. J’avais pas cette force-là en moi à ce moment-là. Je l’avais au début de notre relation, tu te souviens? Mais ma confiance se comparait à un château de cartes. Elle existait pour vrai, mais la moindre instabilité, la moindre petite perturbation la faisait flancher. Fallait la rebâtir à chaque fois.

Je comprenais pas, mais l’affaire c’est que je la construisais sur une base trop fragile : le regard des autres. Tant qu’à recommencer, aussi bien choisir un matériau pas mal plus solide : mon regard à moi. Je dois juste accepter que ça prend du temps, mais que ce sera bien plus durable. Toi qui adores les métaphores, te voilà servi.

Les types d’attachements

En plus de ça, y’avait bien sûr mon anxiété qui gagnait constamment du terrain. Notre couple semblait l’aggraver, même quand ça allait bien, et on comprenait rien à rien. Ben j’ai fait une belle découverte à ce sujet : la théorie de l’attachement (ma source pour les infos qui suivent).

En somme, il existe quatre types d’attachements amoureux principaux. Quatre façons classiques d’agir en relation, si on veut. Je vais les dire en anglais, puisque sécure/insécure sont déjà critiqués en français et que je n’ai pas trouvé de traduction satisfaisante. On a donc secureinsecure-anxiousinsecure-avoidant et insecure-disorganized.

En résumé, les personnes secure vivent leur émotions avec aisance et sont à l’aise d’aller chercher du soutien autant que d’en donner. Elles sont confiantes et se connaissent bien elles-mêmes, respectent leurs limites et celles de l’autre.

Celles du type insecure-anxious ont tendance à s’investir beaucoup trop intensément en relation, toujours inquiètes, parfois jusqu’à l’obsession. Elles tendent à faire du drama pour attirer l’attention.

La catégorie insecure-avoidant se compose de ceux et celles qui éprouvent des problèmes avec l’intimité et quittent plus facilement les relations quand ça va pas bien. Ces gens parlent moins de leurs émotions et sont forcément de nature indépendante.

Enfin, la dernière gang frappe le jackpot. Les comportements des insecure-disorganized alternent constamment entre les deux catégories qui précèdent.

Tu auras deviné que je me situe clairement dans la catégorie insecure anxious. Ces choses-là se mettent en place très tôt dans notre vie, et, sans entrer dans les détails, cette façon de vivre les relations amoureuses s’est clairement ancrée en moi au fil du temps.

Je tombais donc inévitablement dans un cercle vicieux et toxique. Le manque d’estime et l’insécurité anxieuse réunis donnaient ensemble un cocktail aussi explosif que du Coke avec des Menthol. J’étais pas à l’aise avec ce que je vivais, je me sentais mal de m’exprimer, je m’aimais encore moins quand je le faisais, je me sentais lourde, j’étais encore plus lourde… Mon manque d’estime me faisait manquer d’estime. C’était pas facile à gérer, j’en conviens.

Allô le bon côté des choses

L’humilité

À c’t’heure, attache bien ta tuque, parce que y’a du positif dans tout ça. Ben oui, tu te souviens de mon optimisme naturel? Je sais, y’est surement un peu loin dans ta tête, parce qu’à la fin, mon anxiété prenait autant de place dans nos vies qu’un Grand Danois dans une Yaris, le chien, pas un dude du Danemark mesurant 6 pieds 3. Quoique ça fait pareil, au fond. Anyway, rappelle-toi. Je sais pétiller, tellement que ma joie de vivre faisait souvent sourciller ton cynisme.

Le bon là-dedans, c’est que maintenant, je suis consciente de ce qui va pas et que je pourrai jamais avoir une relation saine et satisfaisante si j’apprends pas à être à l’aise avec mon corps, mais aussi avec mes émotions. C’est pas de ta faute, mais j’assumais jamais ce que je vivais parce que le passé avait pas toujours très bien reçu ce que je vivais. Du transfert classique.

Bref, je sais pas tu si tu t’en doutes, mais admettre que t’as pu pousser la personne que t’as le plus aimée ever à te laisser, c’est pas nécessairement la chose la plus le fun à traîner dans son petit baluchon de vie, mais je me dis :

« HEY, à la place de laisser ton gros méchant manque d’estime t’enfoncer aussi facilement dans ses abysses qu’un clou dans du beurre, pourquoi tu te donnerais pas une belle grosse tape dans le dos pour cette belle humilité qui va te permettre d’avancer en esti dans la vie, fille. »

Je découvre à quel point je suis forte, brillante et, oui, humble – ça parait pas dans cette phrase-là, paradoxalement, mais ça prend une belle humilité pour admettre tout ce qui précède et même ce qui va suivre. Je sors mes qualités du gouffre où j’avais l’habitude de les garder,  je les étale devant moi et je suis fière. Je suis capable d’identifier ce qui m’appartient dans notre rupture, mais je vois aussi tout ce que je faisais de bien dans notre relation. Tout ce que je suis de sublime. Mes enjeux me définissent pas si je les laisse pas me définir.

Les pieds dans ‘bouette

Pis c’est beau, parce que y’a de toi dans ce cheminement-là. Pour vrai, je me répète souvent plusieurs de tes mots d’encouragement.

« Trouve quelles sont les choses qui te rendent fière et fais-en le plus possible. »

« Perds pas de vue le sommet de la montagne  l’objectif que tu veux atteindre – si tu veux prendre le bon chemin pour te rendre. »

« Si tu trouves le moyen d’être assez pour toi, de te suffire, tu vas être assez pour n’importe qui. »

C’est sûr que de même, hors contexte, tu sonnes un peu comme un gourou cheap du développement personnel. Mais dans la vrai vie, tes répliques tombaient toujours à point.

Y’a aussi un peu de ma psy là-dedans, mais surtout, surtout, beaucoup de moi. Si j’ai autant progressé, je me le dois, dans les deux sens du terme : je m’aime assez pour me faire le cadeau de m’améliorer comme personne, et c’est grâce à personne d’autre que moi. C’est vrai que j’ai eu de l’aide pour voir quel chemin prendre, mais c’est quand même moi qui a de la bouette jusqu’aux genoux en ce moment, pis personne peut avancer dans cette swamp-là à ma place. Je pourrais choisir de stagner, ou de r’virer de bord. Mais non, je continue.

J’ai baptisé ce beau processus « tordre la guenille ». À moment donné, en mettant autant d’efforts, je vais finir par me ramasser avec un beau torchon tout propre. Mais faut que je sois réaliste pis que je le torde jusqu’au bout. Y’est sale sur un esti de temps.

Maintenant, ton procès

Je mentirai pas. Jusque récemment, y’avait encore des matins où je me réveillais en panique parce que je rêvais que tu me quittais. Pis je réalisais que t’étais pu là… depuis début décembre, califfe. Ton départ m’a saisie, mettons. Mais là-dessus j’avoue que c’est peut-être un peu de ma faute aussi : j’arrêtais pas de te répéter que j’adore les surprises. (Oui, je me trouve drôle.)

Reste que comme t’as pu le constater, je suis pas en train de faire ton procès. Pis je le ferai pas. Le sous-titre t’a fait peur, hein? C’était une petite blagounette. Je dis pas que je me suis pas laissée le droit d’être fâchée que tu sois parti de même, ni que t’étais blanc comme neige, et là je parle pas de ton teint vampirique de gars qui travaille dans une pièce noire à l’année. Mais tes guenilles sales, heureusement, m’appartiennent pas. Pis j’ai déjà bien assez de ma brassée à gérer. On est loin du temps où je lavais ton linge sale pour te rendre service, hein!

Ok, j’arrête de dire des niaiseries.

Je te tape pas sur la tête parce qu’en vérité, je sais pas si j’aurais fait mieux. Je pourrai jamais le savoir, j’étais pas dans ta situation. Je sais pas, je serais peut-être partie, moi aussi.

Et je pense sincèrement que tu as fait de ton mieux. Je suis convaincue que tu tenais à notre relation toi aussi. Comme tu sais, j’ai jamais cru aux histoires de timing, mais je te donne raison là-dessus. On a eu un mauvais timing parce qu’on avait des choses à régler chacun de notre bord qu’on arrivait pas à régler ensemble. Et paradoxalement – on l’avait d’ailleurs soulevé – c’est notre relation qui a permis de les étaler au grand jour, d’enlever le plaster pis de mettre nos blessures à l’air.

Sauf que quand tu t’y attends pas, des grosses plaies tout nues qui ont pas respiré depuis des années, c’est pas beau tout suite à voir on va se le dire. Même quand tu t’y attends, dans le fond. Y’avait pas d’issue à ce moment-là. Ça veut pas dire non plus que je vis dans un leurre et que je crois qu’un jour, y’aura un bon timing pour nous deux, mais plutôt que notre relation tombait, étrangement, bien mal. Et honnêtement, je voudrais pas qu’on revienne ensemble. Ça fait aussi partie de mon apprentissage, de me demander ce que je veux vraiment. Pis si cette option-là m’apaisait au départ, tu seras soulagée d’apprendre qu’elle me laisse désormais indifférente. Saisis bien mon ton, il est pas méchant, mais réaliste. J’éprouve beaucoup de respect pour toi et j’estime ce qu’on a vécu ensemble.

Avec le recul, je réalise aussi que même si j’avais eu toute la confiance du monde en moi,  y’a aucune façon de savoir si ça fonctionné quand même entre nous. Ça sert à rien de se poser la question, mais ce qui est utile par contre, c’est de me pencher sur mes erreurs comme je viens de le faire. Je peux pu vivre en relation comme par le passé. Ça me laisse aucune chance de réussir à faire durer quoi que ce soit.

C’est ça, dans le fond… J’ai pas mis les chances de notre bord, même si j’ai essayé fort.

En partant, tu disais que tu regardais en arrière en souriant, pis le cliché me fais encore grincer des dents. Mais j’ai pas le choix de dire que je regarde en arrière et j’apprends.

Tout ça m’amène à dire que même si ça me fait chier de résumer en quelque sorte notre histoire à ça, peut-être que t’avais raison sur un autre point.

Peut-être que nous deux, c’était juste une pratique pour la prochaine.

Enfin, je pense que je me dois des excuses. Oui, t’as bien lu, je me dois des excuses. Pour pas avoir cru mériter ce qu’on avait. Anyway, t’haissais ça quand je me confondais en excuses, et je l’ai tellement fait que c’est un peu comme si je t’en avais laissées de spare. Et puis tu sais que je suis désolée.

Bon, les excuses sont faites.

À c’t’heure, faut j’me pardonne.

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