C’est la dernière histoire d’un gars

Le libre-arbitre me fascine. Quand on y pense, on peut littéralement construire notre vie comme on l’entend. Et même en choisissant de croire qu’on a pas de contrôle sur ce qui nous arrive, la vérité, c’est que même la plus insignifiante de nos décisions aura un impact sur notre futur.

C’est perturbant, je sais.

Si tu peux pas gérer l’info, c’est pas grave, tu peux toujours joindre une secte qui s’occupera de faire tous tes choix à ta place.

Autrement, as-tu déjà remonté le fil des événements qui t’ont mené à une situation précise? Moi oui, souvent. Chacun ses loisirs.

Par exemple, je continue de croire que si Alex avait pas accepté ce petit contrat photo pour le chum de mon amie Mel au Cercle, il y a près de 5 ans maintenant, on se serait jamais connus. Peut-être que oui, qui sait, Québec c’est juste un gros village après tout – ou comme dirait une de mes amies, un gros lit double – mais peut-être que non.

C’était l’élément déclencheur. Pour la suite, nous deux, c’t’une longue histoire plate.

On dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Peut-être.

Ou en tout cas, qu’elle est vraiment ennuyante.

J’ai bien vu que mes amis se retenaient pour pas bailler quand je leur relatais tous les événements qui nous ont réunis. Les plus directs se sont pas gênés pour souligner le manque de rebondissements dans mon récit.

Mais comme j’ai la tête dure pis que c’est mon blogue fait que c’est moi qui décide, je vais quand même la raconter, du moins en majeure partie.

Tout a donc commencé là, à cette soirée où j’ai accompagné Mel au show de Chuck Ragan parce que son chum du moment en faisait la première partie. By the way, c’était pas son genre de gars pantoute. Heureusement pour nous, leur histoire a duré juste assez longtemps pour nous permettre de faire connaissance, Alex et moi.

En attendant de capturer avec son appareil la performance musicale en question, il nous a prises en photo et m’a promis de m’ajouter sur Facebook pour me la faire parvenir.

On était tous les deux en couple (le mien plus à la dérive que le sien) et on avait rien derrière la tête. Même libre, j’aurais jamais osé faire de move. Drôle, intelligent, charmant, membre d’un band punk, skater et snowboarder à ses heures : j’avais devant moi mon fantasme d’adolescente. Y’avait même une petite curve dans ses cheveux à cause de sa casquette. J’avais aucune chance. En plus, on était un peu bizarres et socialement inaptes, comme savent si bien l’être deux humains encore à l’étape brouillon. De toute façon, je pense qu’on reste toute notre vie une esquisse d’une meilleure version de nous-même à venir.

Wôôô. Ça c’était deep. Des fois je me surprends.

Bref, à 20 ans, j’étais comparable au dessin d’’un enfant qu’on accroche sur le frigo pour pas lui faire de peine. C’est pas parce que c’t’un dessin élaboré et bien exécuté pour son âge qu’il est beau objectivement.

En plus, pendant le show, j’étais pas mal barbouillée à cause de la bière. Un vrai chef-d’œuvre.

Rien pour nous aider. Résultat : il s’est rien passé. Pis c’est ben correct, c’était pas le moment. J’ai envie de dire que les choses se placent toujours pour le mieux. C’est pas de l’ésotérisme, c’est de la logique : nous deux, ça faisait pas encore assez de sens.

Malgré tout ça, je confiais à Mel le lendemain que je savais pas ce que je donnerais pour qu’un gars comme lui s’intéresse à moi.

C’est le fun aujourd’hui de penser que le processus s’est enclenché à ce moment-là, précisément. Que j’ai toujours eu un faible pour lui. On a le droit de croire ce qui nous permet de se sentir mieux par rapport à nous-mêmes, voire par rapport aux autres. C’est peut-être le cas, j’étais sûrement déjà attirée par Alex… mais j’étais surtout trop immature à l’époque pour l’apprécier à sa juste valeur.

Après ça, quand le hasard nous a donné des périodes de célibat synchronisées, on a bien tenté de part et d’autre quelques tentatives de séduction maladroites et trop subtiles (ou pas assez subtiles de mon côté). On peut dire qu’on a plusieurs actes manqués à notre actif.

Au fil des années, on a tout de même continué à échanger de la musique, beaucoup de musique. J’écoutais aussi celle qu’il faisait, suivais de loin ses projets, et lui, mes rares publications, puis mon blogue. On s’admirait mutuellement dans la discrétion, s’envoyant des remarques positives ou des encouragements de temps à autres. Pendant tout ce temps, il s’est promené pas mal : Québec – Jonquière – Montréal. Moi j’étais plutôt sédentaire, arrimée à la Capitale à cause de mes études, hormis une petite session en France.

J’ai eu des chums, il a eu des blondes. Ok, j’ai eu pas mal de chums, il a été beaucoup plus raisonnable. Je l’avoue, à travers la vitrine que me donnait Facebook sur sa vie, j’enviais quelque peu sa stabilité relationnelle et la fille souvent avec lui sur les photos.

Parlant de photo, à ce jour, il m’a jamais envoyé celle de Mel et moi. Ça nous a pas empêché de développer une amitié timide, mais sincère. Pendant toutes ces années, on s’est estimés et admirés avec retenue, du bout des doigts sur nos claviers respectifs.

Un vendredi soir tranquille du mois d’août dernier, le 28 août précisément, j’ai publié un numéro de Louis C.K. sur mon wall. Alex est venu m’en parler. Il avait pris quelques verres avec des amis. Je serai toujours reconnaissante de ces énièmes premiers pas, quand je pensais avoir épuisé ma banque de chances avec lui, quand je m’étais ridiculisée une fois ou deux de trop au fil du temps, en essayant désespérément d’obtenir son attention. Inconsciemment, j’avais abandonné l’idée de le séduire à nouveau un jour.

Je croyais peu aux secondes chances et aux départs à neuf dans la vie. J’avais toujours eu la conviction que les choses qui doivent se produire le font sans détours ni délais. J’avais tort.

Peut-être que les choses qui valent vraiment la peine prennent un certain temps à se placer. Un peu comme l’équité homme-femme au Québec, t’sais. Ben oui, d’ici 50 ou 100 ans, on devrait l’avoir.

Ce soir d’été-là, on a longuement parlé de notre admiration mutuelle et sans bornes pour Louis, pis la conversation a dégringolé de sujets en sujets. Le lendemain, c’est comme si on s’était donné un rendez-vous virtuel sans se le dire. On a rejasé jusqu’aux petites heures du matin. Les jours se sont suivis et ressemblés. Y’a eu une longue période sans jeu de séduction, trop occupés à être fascinés par l’esprit de l’autre et notre quantité phénoménale d’intérêts, de goûts et de connaissances en commun. Le reste s’est placé tout seul. Puis j’ai appris qu’il était pu avec la fille sur les photos.

C’est plate à dire, mais de mon côté, le 28 août, j’étais encore et toujours en recherche intense. Cependant, quelques heures à parler avec lui m’ont suffit à effacer tout le reste, à flusher Tinder et quelques contacts superflus de mon téléphone cellulaire. Je crois d’ailleurs qu’Alex aussi avait une occasion à l’horizon. Tout ça est pas mal moins cute tout à coup? On est en 2016. La plupart des histoires d’amour de notre génération doivent ressembler à ça, mais généralement, on coupe ce genre de détails au montage.

Ça a pris un bon 3 semaines avant qu’on se revoit, à cause des 200-300 kilomètres entre son appartement dans Rosemont pis le mien dans Limoilou. Ils ont pas empêché nos vies de s’emboîter rapidement, habilement et avec facilité, tel un botch en carton dans le joint d’Éric Lapointe. Début octobre, on était en couple.

Est-ce que ça m’inquiète qu’on soit à 2h30 l’un de l’autre? Non. La distance, c’est relatif. Tu peux être dans le même appart pis te sentir à des années lumières de l’autre. Ce serait difficile de le sentir loin de moi, parce que depuis notre conversation initiale du 28 août, on a pas passé une journée sans échanger quelques mots, écrits ou parlés. Pas par obligation. Pas parce que si on le faisait pas, ça inquiéterait l’autre. Mais par plaisir. Parce qu’on en a envie.

Quand on se voit, on trippe à écouter des films pis à en discuter pendant des heures en se prenant pour des vrais critiques, à débattre longuement sur la politique, sur le traitement médiatique de l’actualité ou à aller voir des expos. On aime boire de la bière pis constater à quel point on aime pas les mêmes. On s’achète de la bière séparément. On se fait de la bouffe, pis on se fait l’amour. On jase parfois jusqu’au matin, occupés à étaler nos grandes ambitions entre les draps.

Y’a rien de parfait non plus. Ça m’arrive d’être bête comme mes deux pieds pis d’avoir la patience de Régis Labeaume. Quand on joue de la guitare ensemble, on s’obstine parce que je suis pleine d’orgueil et que je me trouve pas assez bonne. Mais le plus beau là-dedans, c’est qu’on prend la peine de s’asseoir et d’essayer de comprendre pourquoi on a certaines frustrations, c’est quoi nos enjeux, pis comment on peut faire pour s’entraider là-dedans.

C’est clair que y’a du monde qui nous regarde pis qui se disent que ça a l’air lourd tout ça : les grosses discussions, le besoin perpétuel de tout comprendre. Pourtant, on est heureux comme tout dans notre petite bulle d’intellos prétentieux pas juste sur les bords. On a tous une conception différente de la relation idéale, et c’est pour ça que c’est absurde de se comparer entre couples. Anyway, on sait jamais vraiment ce qu’on veut avant de tomber dessus.

Puis Alex me montre à chaque jour que je peux être aimée malgré les petits péchés à mon actif, mes remises en questions existentielles, mon niveau d’estime personnelle aléatoire et mon manque désarmant de filtre. Il me pousse sans le savoir à m’améliorer constamment, pas parce qu’il désire me changer, mais juste parce qu’en me laissant la chance de m’assumer, il me donne l’espace dont j’ai besoin pour grandir.

De toute façon, comme il me le répète constamment, le tout vaut plus que la somme des parties.

C’est un peu sa façon polie de me dire que c’est pas grave si je suis un peu zélée des fois. Qu’il est correct avec tout ce que je suis. Qu’il me veut au complet parce qu’il aurait ben qu’trop peur que le reste suive pas sans mes défauts. Pis y’a raison. C’est un package deal.

Tout est une question d’équilibre.

Si je me suis permis de parler de mon couple ici, c’est pas pour faire chier le peuple. Pas parce que je pense qu’avec cette rencontre, j’ai tout compris des relations. Cependant, ce serait de sous-estimer la nôtre que de penser qu’elle m’a pas fortement éclairée sur le sujet.

La chose la plus importante que j’en retiens, c’est que c’est pas grave de faire des erreurs. C’est pas grave de se tromper.

Ça vaut la peine de se fier à la petite voix fatigante au fond de soi qui nous demande si on est vraiment heureux. Ça vaut la peine de prendre son courage à deux mains et d’affronter nos doutes, nos craintes, notre peur d’être seul. Ça vaut la peine de vivre plein d’échecs amoureux et de déceptions. Et de recommencer le processus le nombre de fois qu’il faut si c’est nécessaire.

On doit jamais remettre en question le malaise qui nous ronge quand on vit une relation insatisfaisante.

On doit jamais réviser sa perception de l’amour à la baisse.

Parce que – sans vouloir faire de mauvais jeux de mots – c’est dans c’temps-là que tu te fais fourrer.

Depuis cette première rencontre au Cercle, j’ai l’impression d’avoir effectué un long détour me ramenant exactement à mon point de départ. Mais c’était cool. Je laissais la route me mener, me malmener et m’apprendre plein d’affaires. Si c’était à recommencer, je voudrais tout revivre dans les moindres détails (oui-oui, tout, même la suite d’événements m’ayant amenée à vomir partout dans le métro de Budapest). Je prendrais à nouveau les mêmes décisions, au risque de décourager ma mère une seconde fois avec toutes mes amourettes. Je divertirais à nouveau mes amies de péripéties rocambolesques. Je revivrais mes extases et mes déprimes avec une intensité adolescente.

J’aurais trop peur qu’en changeant quoi que ce soit, ma vie soit différente aujourd’hui. Autrement dit, la mienne comme celle des autres est une succession de choix et puisque qu’Alex en fait partie, je juge avoir fait les bons.

Ok, je l’avoue… Quand on regarde ma pile de dettes, on pourrait croire le contraire.

Mais honnêtement, j’ai beau chercher: tout le reste est imparfaitement équilibré.

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