C’est l’histoire d’un barbu en gougounes

Bonjour. J’aimerais prendre quelques minutes de votre temps pour vous parler de Jésus.

Je niaise même pas. Je vais en parler pour vrai, mais je veux embarquer personne dans une secte, promis. Pis j’irai pas cogner chez vous à 6h du matin. De toute façon, je commence à avoir une activité cérébrale intéressante pas mal plus tard que ça. Sérieux, je suis sure qu’avant 7h pis mon premier café, je suis même pas capable d’écrire mon nom sans faire de fautes.

Jusqu’à la fin de mon adolescence, j’ai cru au petit Jésus.

J’ai été élevée de même. J’étais une fillette brillante, polie et relativement docile. J’avais déjà de la drive, je déplaçais de l’air, mais je me pliais aux règles, probablement parce que je retirais beaucoup de satisfaction à en récolter les éloges. Fait que comme ma mère me l’a inculqué, je priais à tous les soirs avant de dormir. Elle m’a jamais obligée. J’étais juste contente de le faire. Je connaissais par cœur mon Notre père et mon Je vous salue Marie.

À c’t’heure, je récite plutôt de mémoire les paroles d’Edward Sharpe. Y’a des p’tits airs, je dois l’avouer.

À cinq ou six ans, quand j’ai demandé à ma mère y’était où, Dieu, elle m’a répondu qu’Il était partout.

Ici j’ouvre une parenthèse : non, c’était pas clair pour moi à l’époque si Jésus était un messager de Dieu, une partie de lui ou son fils… et honnêtement, ça l’est pas plus aujourd’hui. On referme la parenthèse.

Quand elle m’a dit ça, j’ai donné un bec dans le vide. Je l’aimais, le Bon Dieu. Ma mère en disait beaucoup de bien. Y’avait l’air ben smatt, y’avait l’air du genre de chum qu’on achète au Kmart. (OK, j’avoue que j’abuse des références à Kevin Parent). Avec le temps, la certitude de l’existence de Dieu s’infiltrait donc en moi et sa présence devenait de plus en plus rassurante. Est-ce que c’est pas pour ça que les gens croient, après tout? À l’âge où les enfants commencent à se questionner sur la vie, la mort pis toute, je suis tombée dans le filet de sûreté de la résurrection et de la vie éternelle. Ce qui est correct, quand on y pense. Y’a des vérités que les enfants – et une grande part d’adultes – peuvent pas absorber. De pieux mensonges, qu’ils disent.

L’hiver, ça m’arrivait de m’allonger sur le banc de neige en face de la maison mobile de mes parents et, le visage ouvert aux étoiles, je laissais le froid m’engourdir un peu. Je pensais ressentir une connexion avec le ciel.

Fucked up, je sais. J’ai toujours été ben, ben intense.

J’avais surtout beaucoup d’imagination et j’osais croire en une certaine magie dans le monde.

J’ai même été enfant de choeur de temps en temps, aux occasions spéciales comme Pâques ou Noël. Ok, c’était surement un peu parce que j’aimais déjà être le centre de l’attention.

Aujourd’hui, c’est clair qu’avec les péchés que j’ai commis, je pourrais pas lire des passages du Nouveau Testament devant du monde sans genre… pogner en feu instantanément.

Jésus, Dieu, le Seigneur – enfin, ce dude-là – occupait mes pensées plusieurs heures par jour pis j’y jasais un brin, dans mon fort intérieur. Ben oui, ça se pouvait, parce que ma prof de troisième année m’avait dit qu’on pouvait Lui parler avec notre cœur. J’avais pas ben ben de réponse, je l’avoue. Tel un gars qui répond jamais à ses textos, il a ainsi semé petit à petit mon désintérêt.

Y’a aussi le fait que je grandissais, pis rendue au secondaire, l’Église, même si on y allait pas souvent, ça me parlait de moins en moins. C’est pas comme si le curé offrait la communion en roller blades pendant que la chorale chante du Offspring en background. Ben non, c’était plate à ‘mort. Pis au coucher, j’avais d’autre chose en tête que la religion. J’étais une ado comme les autres, avec des pensées pas très catholiques, mais je culpabilisais de les avoir.

C’est à la fois triste et paradoxal, mais j’imagine que je priais en silence pour qu’il soit pas capable de lire dans ma tête.

Anyway, maintenant je le sais : l’omniscience est un privilège réservé aux gouvernements.

Autour de 14-15 ans, j’ai vécu une grande période étrange pendant laquelle j’écoutais beaucoup trop d’histoires d’esprits, de mediums et de meurtres à la télé, pis je louais tous les films d’horreur qui sortaient au dépanneur du coin. Comme tous les jeunes de c’t’âge-là, j’essayais de me prouver. Si j’étais assez adulte pour affronter la programmation de Canal D, j’étais probablement assez mature pour faire tout ce que je voulais, aka boire de la vodka aux framboises pis faire du sexe.

Mais honnêtement, j’avais la chienne. Je dormais mal. Je vivais surtout de profondes angoisses existentielles sans trop m’en rendre compte. Derrière toutes mes peurs irrationnelles se cachait une ado-enfant inquiète et pleine d’insécurités. Un soir en allant au lit, j’ai demandé de l’aide en prière, pis pendant la nuit, j’ai rêvé à Jésus. Il me pétait une solide coche, disait m’haïr, qu’il m’aiderait jamais. Que je valais rien. Y’était tellement crinqué. Un petit peu plus, pis il me disait que j’étais une crisse de marde. Sans joke.

Je me souviens m’être réveillée en sueur et dans une panique si grande que j’ai eu le réflexe de réclamer ma mère. Elle a été surprise, mais ferme dans ses propos : « Il dirait jamais d’affaires de même, voyons donc, ça faisait pas de sens ».

J’imagine qu’elle est repartie se coucher sans avoir trop compris ce qui s’était passé, obligée de constater que sa grande fille était un peu weird. Pis surtout, pas aussi tough qu’elle en avait l’air.

Reste qu’après ça, j’avais pu le goût de faire mes prières. Jésus pis moi, ça tirait sur la fin. Nos plus beaux moments étaient derrière nous. Je sentais pu de communion divine, seulement un malaise. Comme pour toute relation, une fois que le doute s’installe, les choses reviennent jamais comme au début.

Au cégep, mes cours de philo ont scellé le sort.

Quelle déception, quand même. Dire que j’avais cru que lui pis moi, ce serait pour la vie.

Maintenant, je me considère agnostique. Et non, c’est pas parce que je vis bien sans réponses que je me pose pas de questions. Au contraire. J’en suis fatiguante.

Ma foi, je la place en l’être humain. Je nous crois capable de grandes choses, comme de compassion et d’amour.

J’ai peut-être une opinion idéaliste, mais au moins j’en ai une.

De c’temps-là, quand je vois les gens se conscientiser sur les réseaux sociaux, je me dis que l’enfant que j’étais avait peut-être raison et qu’il y a un peu de magie dans ce monde… OU on cherche à montrer notre bonne foi pour se déculpabiliser de notre inaction, prostrés devant notre Ipad fabriqué dans des conditions tellement abominables qu’elles sont connues pour causer à la fois suicides et cancers. L’un ou l’autre.

S’cusez mon cynisme, mais je suis convaincue qu’il faut voir la vie juste assez de cynisme et d’optimisme. Quand on arrête de fermer les yeux sur tout ce qui se passe dans le monde, on a indéniablement besoin d’un peu des deux.

Pour de vrai, malgré ma rupture avec Jésus, je reste la plus positive possible. L’équilibre, c’est la clef.

Je suis over it. De toute façon, j’en ai connu d’autres, des hommes à barbe en sandales.

Il m’est même arrivé de me mettre à genoux devant eux.

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