C’est l’histoire d’un gars différent

J’étais en couple. Depuis février. C’est terminé depuis un peu plus d’un mois.

J’ai rien dit sur ma relation parce que je savais pas comment aborder le sujet. Déjà que j’avais l’honnêteté un peu effrontée d’en parler au principal intéressé, je pouvais pas en plus dire publiquement que j’avais des doutes, m’semble que ça se fait pas. Je mens mal aux autres mais je me mens encore mieux. J’ai toujours espoir que les choses se placent.

Pourquoi je me suis casée avec, d’abord? Pourquoi je l’ai même invité à s’installer chez moi, quand il s’est trouvé une job à Québec?

C’est simple. Parce que je pouvais être moi avec lui.

Mon ami David (nom semi-fictif) a une théorie. Appelons-là la théorie du triptyque. Il pense que pour qu’un couple fonctionne, on doit être en amour trois fois.
1.
Une fois avec l’autre personne. Éperdument.
2. Une fois avec la personne que nous sommes dans ce couple.
3. Une dernière fois avec la relation résultant de ces deux émotions : leur réalisation concrète, leur mise en pratique.

On a malheureusement tendance à se contenter d’un seul sur les trois. Habituellement c’est le premier ou le troisième type d’amour qui prime. Mais cette fois-là, pour moi, c’était le deuxième. J’étais à l’aise avec moi-même dans cette relation.

Moi avec mes angoisses, avec mon insécurité pis mes remises en question.

J’ai des qualités, i too. Mais je mets l’emphase sur mes défauts parce que ce que je veux dire, c’est qu’avec lui, j’avais pas cette pression de ne montrer que le meilleur de moi-même, rien que le meilleur de moi-même, jusqu’à ce que la réalité nous sépare.

Dès le départ, j’appréhendais les problèmes. Comme si mon instinct de survie se mettait en fonction, je lui mettais sous le nez tout ce qui serait susceptible de le faire fuir. Ce qui, chez moi, en avait fait fuir d’autres. Ce que j’essaie de fuir moi-même.

Je branlais dans le manche devant son intérêt affirmé, et il était patient. J’avais peur et il restait calme. Il m’a laissé la chance d’aimer la personne que j’étais en sa compagnie. C’est la première chose qui m’a poussée vers lui.

Mais avant tout, y’a eu la rencontre. C’était au Scanner en janvier. J’étais là pour voir des amis jouer.

Je l’avoue : dans les pires places pour rencontrer quelqu’un, le Scanner se classe probablement au troisième rang après le frigidaire à bières d’un Couche-Tard pis une halte routière.

Mais je l’ai déjà dit, quand ça clique, le décor a pas vraiment d’importance. Anyway, j’étais là moi avec. Je peux pas chialer. C’est comme aller sur Tinder en se disant qu’il doit juste avoir du monde fucké là-dessus. Ben coudonc, t’es rendu là toi avec. Fait que soit poli, fait de ton mieux comme tout le monde pis ça va ben aller.

Bref, il – mon ex, Xe du nom – était là, avec une fille que je connaissais.

Elle nous a présentés, je lui ai serré la main, il m’a regardé, la bouche entrouverte, un sourire en coin. Il m’a pas parlé. J’exagère à peine. Je me souviens même m’être dit que c’était d’valeur qu’il soit bizarre, parce que y’était cute pas mal. J’ai jasé un peu pis je suis repartie avec mes amis.

Le lendemain, il m’avait écrit sur Facebook. Il m’avait pas abordée parce que je l’avais intimidé. Trop belle. Beaucoup de drive. Over his league. Des affaires de même. Dans mon soucis du détail, j’ai essayé de remonter les 5075 micro-messages de notre communication à rebours pour voir ce qu’il m’avait vraiment dit, mais rendue à la moitié, j’ai manqué de courage. Revoir un fil de discussion comme ça, c’est un peu comme lire une histoire d’amour à l’envers. C’est réaliser que son format virtuel est à peu près tout ce qu’il en reste, encrypté dans une base de données à l’autre bout du monde. Archivée. Comme une affaire classée.

C’t’un brin éprouvant.

Enfin, contrairement à son habitude, l’approche Web m’a charmée. L’image qu’il me renvoyait de moi me plaisait. J’ai indéniablement besoin de ça. De l’admiration, bien mesurée, de la personne avec qui je partage ma vie.

On a discuté tous les jours pendant une semaine, pis je l’ai invité à s’extirper de la Beauce pour venir me voir la face. On a passé une belle soirée, mais déjà, je me questionnais. J’ai cru que j’en étais rendue là, à pu pouvoir entamer quoique ce soit sans tout remettre en cause. Je me disais que je verrais peut-être pu jamais clair avec un cœur usé de même. Que la peur ferait désormais partie de tous mes premiers élans amoureux. Alors sur ce coup, j’ai laissé carte blanche à ma rationalité.

Malgré tout, dans son auto après cette première date au resto, j’ai vite ressenti l’envie de l’embrasser. J’aimais son rire. J’aimais son sourire, pis j’avais le goût d’y coller le mien.

Quand on s’est embrassés pour la première fois chez moi peu de temps après, y’avait des feux d’artifices dans ma tête. J’oublierai jamais à quel point l’intensité de ce premier baiser m’a saisie. J’avais l’eau à la bouche pis autour de moi tout était à sa place.

Ça, c’est la deuxième chose qui m’a poussée dans ses bras, au sens propre comme au sens figuré. L’attirance.

Mais y’avait pas juste la chimie. Sur le plan de la personnalité, il se distinguait des hommes que j’avais connus. De ce que je m’entêtais à trouver en temps normal. Pourquoi pas faire les choses différemment? Ma façon d’agir me réussissait pas très bien jusqu’à maintenant.

C’est donc la troisième raison pour laquelle je me suis lancée là-dedans. Quand on aborde toujours une situation de la même façon, on obtient toujours le même résultat. Je sortais de mon désormais classique pattern de la sauveuse. Il était ni en peine d’amour, ni en détresse quelconque. Son indépendance, son ambition et sa classe m’avaient charmée. À la fin, je voyais plutôt son absence continuelle, son manque d’engagement dans notre couple et son goût pour le luxe s’opposant à mes valeurs. On sait qu’une relation est vouée à l’échec quand ce sont même pas les défauts de l’autre qui viennent à nous peser, mais ce qui nous avait charmé au départ.

Pis concrètement, dans la vie de tous les jours, on se rejoignait pas, on s’entendait pas. On était pas juste différents, mais, souvent, diamétralement à l’opposé. Ouin, le juste milieu j’ai ben d’la misère avec ça.

D’ailleurs, ce même ami David m’avait déjà dit qu’avec son ex, ce qu’ils faisaient de mieux ensemble, c’était de partager leur quotidien.

C’est tellement ça, être en couple. Ça rend les petits pépins de la vie moins lourds à supporter.

Sauf que des fois, même si toutes les plus belles intentions sont là, l’inverse se produit. Pis c’est déchirant de se l’admettre.

Pourtant, il m’avait tellement voulue et avait continué de me vouloir, telle que j’étais, tout au long de notre brève relation. J’avais tellement souhaité que ça m’arrive et j’aurais tout fait pour que ce soit suffisant.

Ça m’a pris tout mon petit change pour y mettre un terme.

Je pense que j’ai développé une angoisse de la séparation. Même quand y’a pu d’autres options. Même si je sais que c’est pour le mieux, j’éprouve, au-delà de la peine, une véritable révulsion à voir les gens sortir de ma chambre, de mon appart, de ma vie.

Pis ma maudite porte d’entrée qui clenche pas.

C’est niaiseux, mais à chaque fois, je dois la barrer pour la fermer comme il faut après leur départ, pis ça me fait chier.

Parce que quand le déclic de la serrure résonne dans le corridor, ça sonne trop vide à mon goût.

Oui, je pourrais aussi mettre 20$ sur une poignée. Mais je préfère être mélodramatique.

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