C’est l’histoire imprévisible d’un gars imprévisible

L’automne dernier, juste avant la mi-session, j’avais fini par rencontrer quelqu’un de potentiellement intéressant.

Avant, y’avait eu le gars indécis puis un ou deux protagonistes semi-platoniques pour apaiser sa perte.

Je dis « potentiel »comme si je parlais d’un candidat à un emploi, mais la comparaison est pas facile pour rien. On recherche une personne répondant à nos critères, une autre moitié correspondant à une liste ultra-rationnelle et pré-établie — plus ou moins consciemment — de préférences et de conditions.

Je me suis dit que j’allais mettre la mienne sur papier. Pour rire, puis qui sait, peut-être que ça m’aiderait à trouver la cause de mes ruptures récalcitrantes. Je verrais peut-être que je vais vers les mauvaises personnes. J’ai donc concocté une liste exhaustive des attitudes et des comportements inacceptables à mes yeux, de ce qui passe juste pas. Plusieurs points allaient de soi, mais je les avais notés pareil. Avec mon amie Jess, on l’a même allongée, nos expériences passées en guise de références. À force d’en parler en riant, la foutue liste avait fini par me rentrer dans la tête pour vrai.

Cette fois-là, le prospect en question se trouvait à être un ami d’un très bon ami, sélectionné parmi ses autres chums de gars célibataires pour moi. Oui, on pouvait être un bon match. Il avait donc quelqu’un à me présenter, comme on dit. Au début, je doutais, je trouvais ça un peu tiré par les cheveux. C’est pas parce qu’on est tous les deux esseulés qu’on va se matcher, voyons donc, ce serait de juger trop facilement la condition humaine. Tranquillement, j’ai tout de même intégré l’idée sans trop t’en rendre compte. Ça a commencé par la visite de sa page Facebook, je le trouvais cute, c’est vrai, y’avait un beau petit genre. Il faisait pas de fautes dans ses statuts : ça s’annonçait pas pire pantoute. Pis le coup de grâce, celui qui a donné mon approbation concrète à une première rencontre éventuelle, c’est quand je me suis dit que pour une fois, je rencontrerais quelqu’un de la bonne façon.

Normalement.

Parce que, comme ben du monde, j’en ai passées, des soirées dans des bars à crouser, à m’acharner sur des gars pompettes avec une volonté digne de la dernière femme sur terre. J’en ai essayé des sites de rencontres, j’ai même laissé une chance (ou plusieurs) à Tinder. J’ai vécu toutes sortes d’histoires bizarres pis comme de fait, les plus prometteuses se sont avérées les plus éphémères.

En fin de compte, ce serait une présentation en bonne et due forme, dans la suite naturelle des choses.

Je dois avouer que même si j’ai rien contre les rencontres en ligne, c’était le fun de pouvoir enfin vivre un blind date sans avoir peur que le dude soit un voleur, un violeur, ou pire encore, qu’il ait des enfants.

Mon prétendant habitait pas Québec. Quand il a fini par passer dans le coin, notre entremetteur a insisté pour que j’aille les rejoindre au Bâteau de nuit. Histoire de me présenter, au moins. J’hésitais, j’avais un gros exposé oral le lendemain matin et les nerfs en boule. Je voulais pas rater ma chance fait que j’ai mis deux couches de cache-cernes pis j’ai embarqué dans mon char.

Ce que j’avais pas encore compris en me dirigeant vers le Vieux-Québec ce soir-là, c’est que y’a pas de bonne façon de rencontrer quelqu’un. Faut se sortir ça de la tête. Ça arrive, c’est tout. Dans une société telle que la nôtre, on est déjà chanceux si, entre déboires et déceptions, on tombe sur quelqu’un avec qui ça clique. Quand ben même tu ferais sa rencontre au Buffet des continents. Pourtant, en me cherchant un parking sur la rue St-Jean, j’avais clairement plus d’attentes que d’habitude.

Je suis restée le temps de faire quelques jokes déplacées. Le temps qu’il me remarque. De mon côté, je le feelais. À minuit et demi, je repartais chez moi pour entrer en contact avec lui deux jours plus tard. On a discuté virtuellement pendant environ une semaine avant qu’il m’invite à le visiter.

Ce que j’avais pas encore compris en me dirigeant vers Charlevoix ce soir-là, c’est qu’on peut se faire croire à peu près ce que l’on veut pour combler nos désirs. Je pourrai jamais être certaine qu’il m’aurait intéressée d’emblée si on m’avait pas amenée vers lui. Si l’idée avait pas poussé dans ma tête comme des pissenlits sur un terrain fraîchement tondu. Ceci dit, je blâme pas du tout mon ami. On tire pas sur le messager.

En plus, ça a quand même cliqué un gros brin parce qu’on s’est revus plusieurs semaines d’affilée.

C’était pas un de ces coups de foudre incontrôlables mais c’était doux et bon. Ça faisait du sens. On peut jamais être sûrs, mais m’semble que ça aurait été possible, nous deux, à ce moment-là. Il correspondait à ce que je pouvais espérer d’un homme, à ma maudite liste. Pour toutes ces raisons, je devais croire que mes sentiments pour lui viendraient naturellement. Pas le choix.

Dans cet état d’esprit, j’essayais de développer une relation avec lui. Je réalise qu’il y a peu à raconter, il parlait à peine et je lui posais pas tant de questions. Pour une fois, je réussissais à lâcher prise, je profitais de nos fins de semaine ensemble. Il semblait sous mon charme et ça me faisait du bien. Moi, je me sentais moins seule. Quand je me couchais à ses côtés, je crois qu’au tréfonds de ma pensée, je révisais vers le bas ma vision de la condition humaine.

Je vivais une situation ambiguë. On se disait un petit mot à tous les soirs sans jamais se parler au téléphone. Probablement pour éviter un malaise inévitable. On se voyait dès qu’on le pouvait, se réservant systématique nos temps libres, mais sans excitation palpable. Ça nous empêchait pas de partager une intimité, une grande affection et une complicité.

Puis, du jour au lendemain, sans que je m’y attende, il a cessé de me donner signer de vie ou presque. Rien pouvait laisser présager ce revirement de situation : il me semblait même qu’elle s’améliorait. Quand il m’avait dit au-revoir à la Gare du Palais, tout semblait normal. Pendant deux-trois semaines, j’ai respecté sa distance. Il m’envoyait un Snapchat de temps en temps, par acquit de conscience, j’imagine. Le 24 décembre, quand je l’ai appelé pour lui souhaiter Joyeux Noël, il a pas répondu. Idem le 25.

Je lui ai écrit pour lui expliquer ma vision des choses. J’avais aucune raison de continuer à lui parler s’il était pu intéressé. Évidemment, là, il m’a répondu. C’est pas mal plus facile derrière un écran. Y’avait eu trop de momentum pour lui. Pourtant, j’étais certaine de rien, je laissais le temps nous dire où ça mènerait. En contrepartie, je l’avoue, j’avais pas toujours le tour, j’ai une maudite tête dure quand je pense que je veux quelque chose.

Il a avoué ses fautes : il aurait dû m’en parler, être clair, honnête. Parce que oui, y’a moyen de bien faire les choses. Si y’a pas de bonne façon de tomber en amour, il y a certainement de meilleures façons que d’autres de rompre. Il était ben mêlé, le cœur visiblement encore brisé. Comme moi, je crois. Sauf que j’avais trop vécu ce pattern pour que ça me fasse pas chier. Encore l’ex. Pu capable d’elle. On dirait que c’est tout le temps la même, une troisième personne dans mes relations, dans ma vie sexuelle, collée à nous, à moi, à mon corps que je compare systématiquement au sien, pas le choix tellement je sens sa présence. On se connait jamais elle pis moi, mais à chaque fois, elle me pourrit un peu la vie sans le savoir.

Je lui en avais d’ailleurs parlé pendant qu’on faisait connaissance. Pas question d’être numéro deux. Pas question d’être un rebound. Mais l’amour, c’t’un peu comme commander chez McDo. C’est pas parce que t’énonce clairement que tu veux pas de cornichons que t’en trouveras pas trois-quatre dans ton BigMac.

Mais bon, j’ai réécris un message très gentil, gorgé de compréhension.

√ Vu : 13h40.

Il a rien répondu.

Pas un merci, pas un ok, pas un petit-bonhomme-sourire-émoticône. Juste son maudit silence.

Non, ça passait pas.

Je me suis affirmée. Je méritais plus de considération et de respect que ça, après un mois et demi à se voir. J’étais en droit de m’attendre à des explications, même si j’en demandais pas. Après lui avoir déballé ça, il m’a dit que si j’avais envie de l’appeler, peu importe dans combien de temps, qu’il décrocherait, cette fois. Tu parles d’une faveur toi.

« J’ai déjà laissé sonner ton téléphone dans le vide assez longtemps à mon goût. Si tu tiens à moi, tu sauras ben quoi faire. »

J’avais fait ma part.

Niet. Jamais de nouvelles. Étrangement, j’avais pas vraiment de peine. J’étais juste découragée, insultée. J’avais cette impression d’avoir coulé un cours dans lequel j’avais pourtant mis l’effort nécessaire.

Ça sert à rien d’essayer de prévoir ce qu’on veut, qui on veut, d’avoir une idée trop précise de ce qu’on recherche. Ça se peut que la personne pour toi soit pas comme tu te l’imagines. Que son profil sur Réseau contact t’attires pas, ou que tes amis, jamais dans 100 ans, penseraient à te la présenter. C’est sur qu’il faut se respecter, mais c’est peut-être autant important de respecter autrui en évitant de porter des jugements ou de discréditer quelqu’un en se basant sur des conceptions idéalistes et superficielles. Anyway, je pense pas que nos critères nous amènent la bonne personne, mais plutôt l’inverse. Quand ça fitte avec quelqu’un, on en fait vite notre idéal.

Je me laisse le droit de pas être contente du dénouement de cette histoire, du silence malaisé qui l’a traversée puis poursuivie, même une fois terminée. J’ai pas envie de chercher à m’améliorer à travers cet échec, d’en tirer des vérités existentielles ou de m’en vouloir. Ça suffit, l’autoflagellation. J’ai aussi le droit d’y avoir acheté un CD pour Noël pis de l’avoir gardé pour moi.

Je l’aime ben, Joseph Edgar.

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