C’est l’histoire d’un (trop) grand nombre de gars

Après des années de célibat éparpillées entre diverses relations visiblement peu concluantes et drainantes, je répète souvent que j’ai vécu tout ce que je voulais vivre, et même plus.

J’ai passé quelques jours chez mes parents dans le temps des fêtes. Un bon midi, je regardais les nouvelles avec ma mère et j’ai reconnu le journaliste.

« Hey, je l’ai frenché ce gars-là. »

Non, ça me gêne pas de dire ça devant elle. C’est pas comme si elle était pas au courant de mon exubérance. Je change pas de personnalité devant mes parents.

Sur le coup, j’ai cru que ma mère trouverait ça funny, de voir un dude qui m’a embrassée passer à la télé.

À la place, elle m’a dit :

« Coudonc toi, t’as tu frenché tout le monde? »

– Ben là. Peut-être pas tout le monde, que je lui ai répondu.

Mais une quantité respectable – ou irrespectable – de gens, c’est vrai.

Ça, je l’ai gardé pour moi. Parce que j’en suis pas très fière.

Ça devrait être un privilège d’embrasser quelqu’un. Ça devrait être spécial.

Mais j’ai fait plus que des bisous, des fois, pis j’en ai donné ailleurs que sur la bouche.

À une première date, je mentionne souvent d’emblée que j’ai eu mon lot d’expériences. Je parle de mes anciens amants comme si c’était un secret honteux que je devais dévoiler le plus tôt possible. Comme si je laissais une chance au gars de partir en courant, pendant qu’il est encore temps. Après coup, je me trouve toujours niaiseuse. J’ai toujours ben pas un cadavre sous mon lit, maudit. Juste quelques fantômes du passé dessus, pis je suis loin de les considérer comme des erreurs.

Pourtant, je parle ouvertement de mes aventures à mes amis. J’en ris. Histoire de dédramatiser une situation commune à pas mal de gens, j’imagine. J’en parle même sur un blogue.

Récapitulons.

C’est que d’un côté, j’en suis gênée parce que c’est ce que la société nous dit de faire. Il faut, d’un bord – et je me prononce en tant que femme parce que j’en suis une – être mal à l’aise d’avoir eu plusieurs partenaires, mais de l’autre, il faut être sexy, désirable, attirante, ouverte d’esprit, compréhensive, cochonne et, surtout, capable de satisfaire son homme.

Je m’excuse bro, mais si ta blonde te suce aussi bien, c’est peut-être parce que t’es pas la première graine qu’elle astique, asti.

On est pas dans Fifty Shades of Grey icitte.

Bref, de l’autre côté, je sais que c’est pas grave. Ça change pas mon fond. Je suis pas un matelas usagé sur lequel on s’amuse, qu’on salit pis qu’on finit par jeter. Si ça se trouve, toutes mes histoires ont simplement fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. Cliché mais vrai. Vous seriez pas en train de lire ça.

J’ai compris pourquoi je vivais ce sentiment contradictoire assez récemment, pendant une première date, justement. Quand j’ai évoqué mon sombre passé, le gars, sans mauvaises intentions, a répliqué :

« En tout cas, moi c’est tellement pas dans mes valeurs de coucher à gauche pis à droite. »

Y’a pas si longtemps, quand j’entendais ça, je me sentais tout aussi piquée mais j’utilisais la technique rationnelle. J’expliquais alors que certaines personnes vont chercher autre chose dans le sexe que le plaisir charnel. Que l’affection et le désir, ça comble plein de besoins psychologiques.

Pour ceux qui rétorquaient que d’autres sont capables de s’en passer, de vivre platoniquement, cool, ouais, c’est vrai, mais j’ajoutais que plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. Les besoins varient selon chaque individu et ses expériences de vie, et il arrive qu’il soit plus facile de les refouler que d’y subvenir. Considérons aussi le manque d’occasions, voire le manque d’intérêt érotique, bref, on pourrait en discuter longtemps. De plus, ça reste mon avis, forcément subjectif.

Cette fois-là anyway, mes propos ont débordé un brin. Pas autant que les rivières au Saguenay en 1996, mais quasiment. Disons que j’ai laissé tomber l’approche rationnelle pour l’approche émotionnelle. J’ai voulu mettre les choses au clair une fois pour toute. 

Y’a personne qui a le libertinage comme valeur, voyons donc. Comme mode de vie passager, à la limite, pis encore. C’est pas une foutue histoire de valeurs. Personne désire faire une collection d’échecs amoureux suivis d’épisodes pénibles de malaises, de honte, de tristesse.

Sauf que ce sont des choses qui arrivent.

C’est pas dans mes valeurs d’accumuler les frustrations, de chercher à être aimée et à me valoriser comme je peux, parfois motivée par la solitude, le désespoir, d’autres fois drivée par mon envie de peau. Pis je vaux pas moins que quiconque pour ça. On a tous nos raisons.

Comme m’a déjà dit une gentille conductrice ésotérique d’un lift Allostop, on agit toujours du mieux qu’on peut dans chaque situation.

Qui plus est, je pense pas moins que ça devrait être un privilège de coucher avec quelqu’un. Ça devrait être spécial.

Et les quelques fois dans ma vie où je me suis réveillée d’un lendemain qui l’avait pas été, j’ai eu la nausée et j’ai sauté dans la douche le plus vite possible pour me sentir moins sale.

Et rendus là on aura tous deviné que me sentir sale, ça non plus, c’est pas dans mes valeurs.

L’intimité, c’est précieux, et ça aussi, j’y crois. Et sais-tu quoi? Si y’a plein de gens qui souhaitent partager leur sexualité avec toi, ça fait peut-être pas de toi une salope ou une agace, ça fait peut-être juste de toi une belle personne. T’es agréable. On a le goût de s’ouvrir à toi, de te faire des câlins pis des bisous. C’est quasiment beau, je trouve. Il existe pire comme châtiments.

Mais bon, tout est pas noir ou blanc. Malgré mon ardeur à défendre la liberté sexuelle, je dois avouer que j’ai fini par frapper un mur.

À moment donné, tu t’aperçois que t’es passé de beaucoup à trop sans t’en rendre compte. Tu le sais parce que tu t’ouvres pu comme avant. Ta réserve de laisser-aller est presque vide. Tu peux pu te permettre de dépenser ton énergie dans le vide, même pas ton énergie sexuelle. Surtout pas ton énergie sexuelle.

C’est probablement inévitable.

Moi en tout cas, je cherche pu n’importe qui, je cherche la bonne personne.

Mes besoins ont évolué. Et la sexualité vient pas à bout de les combler.

Fait que j’ai décidé de faire la grève du sexe. Y’a pas de ligne de piquetage devant la porte de mon appart, mais j’hésiterai pas à en faire une si nécessaire.

Pour décourager les plus motivés, je me gosserai une pancarte pis dessus, j’écrirai:
« J’AI ARRÊTÉ DE COMPTER. »

Source: http://cdn3.notonthehighstreet.com/

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s