C’est l’histoire d’un mécanicien

Je suis dernière minute, dans toute, constamment.

J’ai pas encore d’assurance-habitation depuis juillet. Mais c’est rien ça. J’ai tellement tardé à mon ancien appart, faisait deux ans j’habitais là pis j’en avais pas encore. J’étudie la nuit avant un examen, je paye ben souvent mon bill de téléphone cellulaire après deux mois de facturation. J’achèterais mes cadeaux de Noël le 25 au matin si les magasins étaient ouverts. Ma boîte à malle d’appartement est tout le temps pleine parce que je la vide juste quand les papiers commencent à sortir par les craques de côté.

Comme quand tu fermes le congélo super vite par peur que tes provisions te dégringolent dessus, j’imagine le facteur essayer de refermer la petite cristie de porte le plus vite possible. Je dois ben lui arracher au moins un sacre par mois.

Bref, ça me prend un rush d’adrénaline pour optimiser mes performances. Il s’agit pas de lâcheté, c’est plus une question de préférence. J’en accomplis pas moins que les autres, au contraire. L’avantage : je trouve du temps pour tout faire, parce que j’ai toujours l’impression que y’a rien qui presse.

Comme la date fatidique pour changer ses pneus est juste le 15 décembre, j’avais la vie devant moi comprends-tu. Sauf que ces derniers temps, y’a neigé pas mal sur la capitale. Entre nous, on s’entend pour dire que cette loi est ridicule, mais c’est pas une procrastineuse comme moi qui va s’obstiner quand on y laisse du lousse de même.

Étonnamment j’ai assurée mon auto, mais pas full-swing, par exemple. Fait que j’ai pris rendez-vous. Vendredi le 21 novembre, 13h.

Pendant que je brasse mes grosses affaires de 25$ avec la secrétaire, y’a deux gars qui commencent déjà à me lifter la Corolla. Y’en a un qui est pas laite pentoute.

Il se retourne vers moi, la main sur le bouton du levier électrique. Fait pas longtemps que j’ai une auto à moi, et ça implique que malgré mes connaissances plutôt poussées dans la domaine – je viens de la Gaspésie – j’avais rarement pénétré de garages, et encore moins les grandes portes d’un concessionnaire. Je me retrouve en terrain inconnu, fait que je me force un peu pour avoir l’air chill. Nos regards se croisent, puis je lui sors la phrase la moins sensuelle du monde.

« Y’a deux tires en arrière, deux autres dans ‘valise, pis les clefs sont dans ‘switch. »

On m’indique ensuite la direction de la salle d’attente. Quand la brève opération se termine, on m’appelle à l’intercom. Pendant que je paye, le beau petit mécano niaise avec la fille de la réception. Il me sourit un brin, en coin. Moi, tout ce que je pense, ça se lit dans ma face. Je le trouvais agréable à regarder, et ça s’arrêtait là, mais il l’a compris. Je suis aussi facile à deviner qu’était le résultat des dernières élections provinciales. 

Le lendemain matin m’attendait une invitation Facebook de sa part. Mon nom? Sur la facture de 25$, à l’intercom, ou mentionné à maintes reprises par la réceptionniste. Si je l’ai ajouté? Non. Hormis mes indications sexy, on s’était même pas parlé.

Puis si y’avait vraiment voulu entrer en contact avec moi, il avait eu la chance de le faire… en direct. T’sais, vintage style.

Comprenons-nous bien, je le juge pas pentoute, je trouve même que ça prend un certain guts de m’aborder virtuellement aussi vite parce que, de toute façon, personne ose dans la vraie vie. Puis bon, c’est flatteur. Mais si y’avait eu un incroyable béguin pour moi, il m’aurait jasée quand j’étais en face de lui pis que tout ce qui nous séparait, c’était un comptoir poussiéreux. Pour le reste, j’ai pas de temps à perdre. Je suis maintenant équipée de réflexes instinctifs, quand je sens qu’on veut seulement s’amuser, avec mon corps, je me sauve. Même devant quelqu’un de sincèrement intéressé, ça devient de plus en plus difficile. J’ai des crottes sul cœur, comme des cochonneries pognées dans le radiateur. Rien de grave ou d’irréparable. J’ai juste trop fait de millage dans les dernières années.

Bref, il s’était occupé de mon char, pis maintenant, il semblait vouloir que je vidange son huile.

En plus à c’t’heure je peux m’enfuir super vite, avec une adhérence optimale sur la glace.

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