C’est l’histoire d’un gars qui me trouvait comique

Avril 2014. Je le fréquentais depuis quelques semaines.

Fréquenter, pour donner une définition actuelle et réaliste de ce concept, c’est une façon polie de dire que tu fourres une seule personne dans le moment mais que tu te gardes une porte ouverte au cas où tu rencontrerais quelqu’un de plus intéressant. Bienvenue en 2014, l’époque où tu peux magasiner sur Tinder pis au Wal Mart en même temps, la face à deux pouces de ton Iphone, accoté sur ton gros panier rempli d’emplettes hétéroclites, genre des coussins décoratifs, un bol de jujubes de 3 litres, un tournevis, du shampoing pis un t-shirt que tu porteras pas anyway. C’est toujours une fois arrivé chez vous que tu réalises que t’as oublié la litière quand tu te rendais là-bas juste pour ça.

On était encore dans les débuts florissants de notre fréquentage, c’est-à-dire qu’on se faisait accroire que ça pourrait donner quelque chose. On s’appréciait quand même bien, et j’éprouve toujours aujourd’hui beaucoup d’affection pour lui. Sauf qu’il manquait de quoi, appelez-ça comme vous voulez : des papillons pour les optimistes, des phéromones pour les pessimistes.

Ce soir-là, je lui rends visite après plusieurs jours d’abstinence imposés par mes règles.

Pour l’occasion, je sors mon plus beau string même si j’ai pas la brassière assortie. Telle un messie, je lui annonce la bonne nouvelle : l’entracte est finie, la game d’hockey peut reprendre. La sève coule pu et le temps des sucres est terminé. Bref, vous avez compris.

Je vais tout de même à la salle de bain pour vérification.

Parce que vous savez messieurs, ça arrête pas de couler BANG, comme ça. Généralement, y’a la dernière journée officielle pis y’a celle qui suit, toujours un peu incertaine. C’est pas un robinet qu’on ferme d’un coup sec. C’est plus comme une canette de bière, tiens. C’est seulement quand tu l’échappes sur le divan que tu te rends compte qu’elle était pas tout à fait vide, qu’il restait un petit maudit fond.

Pour éviter les mauvaises surprises, je prends donc un morceau de papier et je m’éponge vite vite pour voir si tout est beau, histoire que le dude se retrouve pas avec un maquillage de clown. Ou de vampire. Bref, ma technique improvisée m’était apparue, dans l’énervement, appropriée.

Je le rejoins dans sa chambre où il m’attend, allongé sur le lit, tout sourire. Et fouillez-moi pourquoi j’ai pensé à ça, moi, la fille garçon-manqué, j’essaie un genre de strip-tease, ou en tous cas, d’être sensuelle. Mauvaise idée.

Je me tourne, lui montrant mon dos, et je me mets à descendre lentement mes culottes. J’en suis aux genoux quand j’entends, derrière moi :

« Heu… Julie? »

Y’a comme un trémolo dans sa voix. Pas celui de la nervosité, nenon, c’est un rire qu’on retient. Mais ce gars-là, y’avait toujours une joke à faire, fait que ça me stresse pas plus que ça. Je continue nonchalamment.

– Quoi?

– C’est-tu normal… le papier?

Logiquement, vous, vous savez ce qui se passe. Vous pouvez le déduire parce que vous avez tous les indices.

Moi, en pleine action, les fesses à l’air libre, je suis loin de me douter que je me suis pognée un morceau de papier-cul de la grosseur d’un billet d’autobus dans la bobette. Je suis naïve. Je lui réponds, comme devant une évidence, avec la quasi-arrogance de l’assurance :

–  Ben oui, voyons!…

« C’est l’étiquette. »

Ça été mon premier réflexe. Y’a quasiment plus d’étiquette que de tissu sur ces sous-vêtements là.

– Non… (Gloussement). Pas ce papier-là, Julie.

J’allume, je me tortille machinalement pour constater l’ampleur du désastre. On dirait un drapeau blanc volant au vent, comme retenu par un élastique. L’image est magique. Peace and love esti. Je capote, je l’enlève, je m’explique.

De bonne guerre, de bon cœur, il ajoute :

– Ah, je te le dis tout le temps, mais criss que t’es drôle! C’est l’étiquette, qu’elle a dit!

Il peut pas continuer parce qu’il est trop crampé. Il rit pas, il s’esclaffe.

Pour la seule et unique fois de ma vie, ce compliment m’a insultée. Je me pensais pas assez équipée en sex appeal pour me permettre d’en perdre et je trouvais pas ça comique. Le contrôle de la situation m’avait échappé, je m’en voulais.

Sauf que des fois, c’est correct de pas en avoir, de se laisser aller. Lui, il avait déjà compris ça.

Entre filles, il nous arrive de donner des surnoms ou des qualificatifs à nos conquêtes pour les identifier plus facilement. Par exemple, Samuel le barman, Jérémie le guitariste ou, je sais pas, François le gars qui parle trop pendant l’acte. Si les gars font pareil, c’est sur qu’à ses yeux, j’étais et serai à jamais Julie, la fille au Cotonnelle dans le string.

Faut voir le positif. C’est quand même mieux que Julie, la fille qui fait des maquillages d’Halloween gratis.

Ronald_McDonald_2_thumbs_up

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s