C’est la dernière histoire d’un gars

Le libre-arbitre me fascine.

Attention, quand je dis libre-arbitre, je fais pas allusion à celui qui nous fait choquer en prenant des décisions un peu trop librement lors d’un match du Canadien.

Je parle plutôt de choix. Du fait qu’on peut littéralement construire notre vie comme on l’entend. Et même en choisissant de croire qu’on a pas de contrôle sur ce qui nous arrive, la vérité, c’est que même la plus insignifiante de nos décisions aura un impact sur notre futur.

C’est perturbant, je sais.

Si tu peux pas gérer l’info, c’est pas grave, tu peux toujours joindre une secte qui s’occupera de faire tous tes choix à ta place.

Autrement, as-tu déjà remonté le fil des événements qui t’ont mené à une situation précise? Moi oui, souvent. Chacun ses loisirs.

Par exemple, je continue de croire que si Alex avait pas accepté ce petit contrat photo pour le chum de mon amie Mel au Cercle, il y a près de 5 ans maintenant, on se serait jamais connus. Peut-être que oui, qui sait, Québec c’est juste un gros village après tout – ou comme dirait une de mes amies, un gros lit double – mais peut-être que non.

C’était l’élément déclencheur. Pour la suite, nous deux, c’t’une longue histoire plate.

On dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Peut-être.

Ou en tout cas, qu’elle est vraiment ennuyante.

J’ai bien vu que mes amis se retenaient pour pas bailler quand je leur relatais tous les événements qui nous ont réunis. Les plus directs se sont pas gênés pour souligner le manque de rebondissements dans mon récit.

Mais comme j’ai la tête dure pis que c’est mon blogue fait que c’est moi qui décide, je vais quand même la raconter, du moins en majeure partie.

Tout a donc commencé là, à cette soirée où j’ai accompagné Mel au show de Chuck Ragan parce que son chum du moment en faisait la première partie. By the way, c’était pas son genre de gars pantoute. Heureusement pour nous, leur histoire a duré juste assez longtemps pour nous permettre de faire connaissance, Alex et moi.

En attendant de capturer avec son appareil la performance musicale en question, il nous a prises en photo et m’a promis de m’ajouter sur Facebook pour me la faire parvenir.

On était tous les deux en couple (le mien plus à la dérive que le sien) et on avait rien derrière la tête. Même libre, j’aurais jamais osé faire de move. Drôle, intelligent, charmant, membre d’un band punk, skater et snowboarder à ses heures : j’avais devant moi mon fantasme d’adolescente. Y’avait même une petite curve dans ses cheveux à cause de sa casquette. J’avais aucune chance. En plus, on était un peu bizarres et socialement inaptes, comme savent si bien l’être deux humains encore à l’étape brouillon. De toute façon, je pense qu’on reste toute notre vie une esquisse d’une meilleure version de nous-même à venir.

Wooo. Ça c’était deep. Des fois je me fais peur.

Bref, à 20 ans, j’étais comparable au dessin d’’un enfant qu’on accroche sur le frigo pour pas lui faire de peine. C’est pas parce que c’t’un dessin élaboré et bien exécuté pour son âge qu’il est beau objectivement.

En plus, pendant le show, j’étais pas mal barbouillée à cause de la bière. Un vrai chef-d’œuvre.

Rien pour nous aider. Résultat : il s’est rien passé. Pis c’est ben correct, c’était pas le moment. J’ai envie de dire que les choses se placent toujours pour le mieux. C’est pas de l’ésotérisme, c’est de la logique : nous deux, ça faisait pas encore assez de sens.

Malgré tout ça, je confiais à Mel le lendemain que je savais pas ce que je donnerais pour qu’un gars comme lui s’intéresse à moi.

C’est le fun aujourd’hui de penser que le processus s’est enclenché à ce moment-là, précisément. Que j’ai toujours eu un faible pour lui. On a le droit de croire ce qui nous permet de se sentir mieux par rapport à nous-mêmes, voire par rapport aux autres. C’est peut-être le cas, j’étais sûrement déjà attirée par Alex… mais j’étais surtout trop immature à l’époque pour l’apprécier à sa juste valeur.

Après ça, quand le hasard nous a donné des périodes de célibat synchronisées, on a bien tenté de part et d’autre quelques tentatives de séduction maladroites et trop subtiles (ou pas assez subtiles de mon côté). On peut dire qu’on a plusieurs actes manqués à notre actif.

Au fil des années, on a tout de même continué à échanger de la musique, beaucoup de musique. J’écoutais aussi celle qu’il faisait, suivais de loin ses projets, et lui, mes rares publications, puis mon blogue. On s’admirait mutuellement dans la discrétion, s’envoyant des remarques positives ou des encouragements de temps à autres. Pendant tout ce temps, il s’est promené pas mal : Québec – Jonquière – Montréal. Moi j’étais plutôt sédentaire, arrimée à la Capitale à cause de mes études, hormis une petite session en France.

J’ai eu des chums, il a eu des blondes. Ok, j’ai eu pas mal de chums, il a été beaucoup plus raisonnable. Je l’avoue, à travers la vitrine que me donnait Facebook sur sa vie, j’enviais quelque peu sa stabilité relationnelle et la fille souvent avec lui sur les photos.

Parlant de photo, à ce jour, il m’a jamais envoyé celle de Mel et moi. Ça nous a pas empêché de développer une amitié timide, mais sincère. Pendant toutes ces années, on s’est estimés et admirés avec retenue, du bout des doigts sur nos claviers respectifs.

Un vendredi soir tranquille du mois d’août dernier, le 28 août précisément, j’ai publié un numéro de Louis C.K. sur mon wall. Alex est venu m’en parler. Il avait pris quelques verres avec des amis. Je serai toujours reconnaissante de ces énièmes premiers pas, quand je pensais avoir épuisé ma banque de chances avec lui, quand je m’étais ridiculisée une fois ou deux de trop au fil du temps, en essayant désespérément d’obtenir son attention. Inconsciemment, j’avais abandonné l’idée de le séduire à nouveau un jour.

Je croyais peu aux secondes chances et aux départs à neuf dans la vie. J’avais toujours eu la conviction que les choses qui doivent se produire le font sans détours ni délais. J’avais tort.

Peut-être que les choses qui valent vraiment la peine prennent un certain temps à se placer. Un peu comme l’équité homme-femme au Québec, t’sais. Ben oui, d’ici 50 ou 100 ans, on devrait l’avoir.

Ce soir d’été-là, on a longuement parlé de notre admiration mutuelle et sans bornes pour Louis, pis la conversation a dégringolé de sujets en sujets. Le lendemain, c’est comme si on s’était donné un rendez-vous virtuel sans se le dire. On a rejasé jusqu’aux petites heures du matin. Les jours se sont suivis et ressemblés. Y’a eu une longue période sans jeu de séduction, trop occupés à être fascinés par l’esprit de l’autre et notre quantité phénoménale d’intérêts, de goûts et de connaissances en commun. Le reste s’est placé tout seul. Puis j’ai appris qu’il était pu avec la fille sur les photos.

C’est plate à dire, mais de mon côté, le 28 août, j’étais encore et toujours en recherche intense. Cependant, quelques heures à parler avec lui m’ont suffit à effacer tout le reste, à flusher Tinder et quelques contacts superflus de mon téléphone cellulaire. Je crois d’ailleurs qu’Alex aussi avait une occasion à l’horizon. Tout ça est pas mal moins cute tout à coup? On est en 2016. La plupart des histoires d’amour de notre génération doivent ressembler à ça, mais généralement, on coupe ce genre de détails au montage.

Ça a pris un bon 3 semaines avant qu’on se revoit, à cause des 200-300 kilomètres entre son appartement dans Rosemont pis le mien dans Limoilou. Ils ont pas empêché nos vies de s’emboîter rapidement, habilement et avec facilité, tel un botch en carton dans le joint d’Éric Lapointe. Début octobre, on était en couple.

Est-ce que ça m’inquiète qu’on soit à 2h30 l’un de l’autre? Non. La distance, c’est relatif. Tu peux être dans le même appart pis te sentir à des années lumières de l’autre. Ce serait difficile de le sentir loin de moi, parce que depuis notre conversation initiale du 28 août, on a pas passé une journée sans échanger quelques mots, écrits ou parlés. Pas par obligation. Pas parce que si on le faisait pas, ça inquiéterait l’autre. Mais par plaisir. Parce qu’on en a envie.

Quand on se voit, on trippe à écouter des films pis à en discuter pendant des heures en se prenant pour des vrais critiques, à débattre longuement sur la politique, sur le traitement médiatique de l’actualité ou à aller voir des expos. On aime boire de la bière pis constater à quel point on aime pas les mêmes. On s’achète de la bière séparément. On se fait de la bouffe, pis on se fait l’amour. On jase parfois jusqu’au matin, occupés à étaler nos grandes ambitions entre les draps.

Y’a rien de parfait non plus. Ça m’arrive d’être bête comme mes deux pieds pis d’avoir la patience de Régis Labeaume. Quand on joue de la guitare ensemble, on s’obstine parce que je suis pleine d’orgueil et que je me trouve pas assez bonne. Mais le plus beau là-dedans, c’est qu’on prend la peine de s’asseoir et d’essayer de comprendre pourquoi on a certaines frustrations, c’est quoi nos enjeux, pis comment on peut faire pour s’entraider là-dedans.

C’est clair que y’a du monde qui nous regarde pis qui se disent que ça a l’air lourd tout ça : les grosses discussions, le besoin perpétuel de tout comprendre. Pourtant, on est heureux comme tout dans notre petite bulle d’intellos prétentieux pas juste sur les bords. On a tous une conception différente de la relation idéale, et c’est pour ça qu’il est absurde de se comparer entre couples. Anyway, on sait jamais vraiment ce qu’on veut avant de tomber dessus.

Puis Alex me montre à chaque jour que je peux être aimée malgré les petits péchés à mon actif, mes remises en questions existentielles, mon niveau d’estime personnelle aléatoire et mon manque désarmant de filtre. Il me pousse sans le savoir à m’améliorer constamment, pas parce qu’il désire me changer, mais juste parce qu’en me laissant la chance de m’assumer, il me donne l’espace dont j’ai besoin pour grandir.

De toute façon, comme il me le répète constamment, le tout vaut plus que la somme des parties.

C’est un peu sa façon polie de me dire que c’est pas grave si je suis un peu zélée des fois. Qu’il est correct avec tout ce que je suis. Qu’il me veut au complet parce qu’il aurait ben qu’trop peur que le reste suive pas sans mes défauts. Pis y’a raison. C’est un package deal.

Tout est une question d’équilibre.

Si je me suis permis de parler de mon couple ici, c’est pas pour faire chier le peuple. Pas parce que je pense qu’avec cette rencontre, j’ai tout compris des relations. Cependant, ce serait de sous-estimer la nôtre que de penser qu’elle m’a pas fortement éclairée sur le sujet.

La chose la plus importante que j’en retiens, c’est que c’est pas grave de faire des erreurs. C’est pas grave de se tromper.

Ça vaut la peine de se fier à la petite voix fatigante au fond de soi qui nous demande si on est vraiment heureux. Ça vaut la peine de prendre son courage à deux mains et d’affronter nos doutes, nos craintes, notre peur d’être seul. Ça vaut la peine de vivre plein d’échecs amoureux et de déceptions. Et de recommencer le processus le nombre de fois qu’il faut si c’est nécessaire.

On doit jamais remettre en question le malaise qui nous ronge quand on vit une relation insatisfaisante.

On doit jamais réviser sa perception de l’amour à la baisse.

Parce que – sans vouloir faire de mauvais jeux de mots – c’est dans c’temps-là que tu te fais fourrer.

Depuis cette première rencontre au Cercle, j’ai l’impression d’avoir effectué un long détour me ramenant exactement à mon point de départ. Mais c’était cool. Je laissais la route me mener, me malmener et m’apprendre plein d’affaires. Si c’était à recommencer, je voudrais tout revivre dans les moindres détails (oui-oui, tout, même la suite d’événements m’ayant amenée à vomir partout dans le métro de Budapest). Je prendrais à nouveau les mêmes décisions, au risque de décourager ma mère une seconde fois avec toutes mes amourettes. Je divertirais à nouveau mes amies de péripéties rocambolesques. Je revivrais mes extases et mes déprimes avec une intensité adolescente.

J’aurais trop peur qu’en changeant quoi que ce soit, ma vie soit différente aujourd’hui. Autrement dit, la mienne comme celle des autres est une succession de choix et puisque qu’Alex en fait partie, je juge avoir fait les bons.

Ok, je l’avoue… Quand on regarde ma pile de dettes, on pourrait croire le contraire.

Mais honnêtement, j’ai beau chercher: tout le reste est imparfaitement équilibré.

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C’est l’histoire d’un barbu en gougounes

Bonjour. J’aimerais prendre quelques minutes de votre temps pour vous parler de Jésus.

Je niaise même pas. Je vais en parler pour vrai, mais je veux embarquer personne dans une secte, promis. Pis j’irai pas cogner chez vous à 6h du matin. De toute façon, je commence à avoir une activité cérébrale intéressante pas mal plus tard que ça. Sérieux, je suis sure qu’avant 7h pis mon premier café, je suis même pas capable d’écrire mon nom sans faire de fautes.

Jusqu’à la fin de mon adolescence, j’ai cru au petit Jésus.

J’ai été élevée de même. J’étais une fillette brillante, polie et relativement docile. J’avais déjà de la drive, je déplaçais de l’air, mais je me pliais aux règles, probablement parce que je retirais beaucoup de satisfaction à en récolter les éloges. Fait que comme ma mère me l’a inculqué, je priais à tous les soirs avant de dormir. Elle m’a jamais obligée. J’étais juste contente de le faire. Je connaissais par cœur mon Notre père et mon Je vous salue Marie.

À c’t’heure, je récite plutôt de mémoire les paroles d’Edward Sharpe. Y’a des p’tits airs, je dois l’avouer.

À cinq ou six ans, quand j’ai demandé à ma mère y’était où, Dieu, elle m’a répondu qu’Il était partout.

Ici j’ouvre une parenthèse : non, c’était pas clair pour moi à l’époque si Jésus était un messager de Dieu, une partie de lui ou son fils… et honnêtement, ça l’est pas plus aujourd’hui. On referme la parenthèse.

Quand elle m’a dit ça, j’ai donné un bec dans le vide. Je l’aimais, le Bon Dieu. Ma mère en disait beaucoup de bien. Y’avait l’air ben smatt, y’avait l’air du genre de chum qu’on achète au Kmart. (OK, j’avoue que j’abuse des références à Kevin Parent). Avec le temps, la certitude de l’existence de Dieu s’infiltrait donc en moi et sa présence devenait de plus en plus rassurante. Est-ce que c’est pas pour ça que les gens croient, après tout? À l’âge où les enfants commencent à se questionner sur la vie, la mort pis toute, je suis tombée dans le filet de sûreté de la résurrection et de la vie éternelle. Ce qui est correct, quand on y pense. Y’a des vérités que les enfants – et une grande part d’adultes – peuvent pas absorber. De pieux mensonges, qu’ils disent.

L’hiver, ça m’arrivait de m’allonger sur le banc de neige en face de la maison mobile de mes parents et, le visage ouvert aux étoiles, je laissais le froid m’engourdir un peu. Je pensais ressentir une connexion avec le ciel.

Fucked up, je sais. J’ai toujours été ben, ben intense.

J’avais surtout beaucoup d’imagination et j’osais croire en une certaine magie dans le monde.

J’ai même été enfant de choeur de temps en temps, aux occasions spéciales comme Pâques ou Noël. Ok, c’était surement un peu parce que j’aimais déjà être le centre de l’attention.

Aujourd’hui, c’est clair qu’avec les péchés que j’ai commis, je pourrais pas lire des passages du Nouveau Testament devant du monde sans genre… pogner en feu instantanément.

Jésus, Dieu, le Seigneur – enfin, ce dude-là – occupait mes pensées plusieurs heures par jour pis j’y jasais un brin, dans mon fort intérieur. Ben oui, ça se pouvait, parce que ma prof de troisième année m’avait dit qu’on pouvait Lui parler avec notre cœur. J’avais pas ben ben de réponse, je l’avoue. Tel un gars qui répond jamais à ses textos, il a ainsi semé petit à petit mon désintérêt.

Y’a aussi le fait que je grandissais, pis rendue au secondaire, l’Église, même si on y allait pas souvent, ça me parlait de moins en moins. C’est pas comme si le curé offrait la communion en roller blades pendant que la chorale chante du Offspring en background. Ben non, c’était plate à ‘mort. Pis au coucher, j’avais d’autre chose en tête que la religion. J’étais une ado comme les autres, avec des pensées pas très catholiques, mais je culpabilisais de les avoir.

C’est à la fois triste et paradoxal, mais j’imagine que je priais en silence pour qu’il soit pas capable de lire dans ma tête.

Anyway, maintenant je le sais : l’omniscience est un privilège réservé aux gouvernements.

Autour de 14-15 ans, j’ai vécu une grande période étrange pendant laquelle j’écoutais beaucoup trop d’histoires d’esprits, de mediums et de meurtres à la télé, pis je louais tous les films d’horreur qui sortaient au dépanneur du coin. Comme tous les jeunes de c’t’âge-là, j’essayais de me prouver. Si j’étais assez adulte pour affronter la programmation de Canal D, j’étais probablement assez mature pour faire tout ce que je voulais, aka boire de la vodka aux framboises pis faire du sexe.

Mais honnêtement, j’avais la chienne. Je dormais mal. Je vivais surtout de profondes angoisses existentielles sans trop m’en rendre compte. Derrière toutes mes peurs irrationnelles se cachait une ado-enfant inquiète et pleine d’insécurités. Un soir en allant au lit, j’ai demandé de l’aide en prière, pis pendant la nuit, j’ai rêvé à Jésus. Il me pétait une solide coche, disait m’haïr, qu’il m’aiderait jamais. Que je valais rien. Y’était tellement crinqué. Un petit peu plus, pis il me disait que j’étais une crisse de marde. Sans joke.

Je me souviens m’être réveillée en sueur et dans une panique si grande que j’ai eu le réflexe de réclamer ma mère. Elle a été surprise, mais ferme dans ses propos : « Il dirait jamais d’affaires de même, voyons donc, ça faisait pas de sens ».

J’imagine qu’elle est repartie se coucher sans avoir trop compris ce qui s’était passé, obligée de constater que sa grande fille était un peu weird. Pis surtout, pas aussi tough qu’elle en avait l’air.

Reste qu’après ça, j’avais pu le goût de faire mes prières. Jésus pis moi, ça tirait sur la fin. Nos plus beaux moments étaient derrière nous. Je sentais pu de communion divine, seulement un malaise. Comme pour toute relation, une fois que le doute s’installe, les choses reviennent jamais comme au début.

Au cégep, mes cours de philo ont scellé le sort.

Quelle déception, quand même. Dire que j’avais cru que lui pis moi, ce serait pour la vie.

Maintenant, je me considère agnostique. Et non, c’est pas parce que je vis bien sans réponses que je me pose pas de questions. Au contraire. J’en suis fatiguante.

Ma foi, je la place en l’être humain. Je nous crois capable de grandes choses, comme de compassion et d’amour.

J’ai peut-être une opinion idéaliste, mais au moins j’en ai une.

De c’temps-là, quand je vois les gens se conscientiser sur les réseaux sociaux, je me dis que l’enfant que j’étais avait peut-être raison et qu’il y a un peu de magie dans ce monde… OU on cherche à montrer notre bonne foi pour se déculpabiliser de notre inaction, prostrés devant notre Ipad fabriqué dans des conditions tellement abominables qu’elles sont connues pour causer à la fois suicides et cancers. L’un ou l’autre.

S’cusez mon cynisme, mais je suis convaincue qu’il faut voir la vie juste assez de cynisme et d’optimisme. Quand on arrête de fermer les yeux sur tout ce qui se passe dans le monde, on a indéniablement besoin d’un peu des deux.

Pour de vrai, malgré ma rupture avec Jésus, je reste la plus positive possible. L’équilibre, c’est la clef.

Je suis over it. De toute façon, j’en ai connu d’autres, des hommes à barbe en sandales.

Il m’est même arrivé de me mettre à genoux devant eux.

C’est l’histoire d’un gars différent

J’étais en couple. Depuis février. C’est terminé depuis un peu plus d’un mois.

J’ai rien dit sur ma relation parce que je savais pas comment aborder le sujet. Déjà que j’avais l’honnêteté un peu effrontée d’en parler au principal intéressé, je pouvais pas en plus dire publiquement que j’avais des doutes, m’semble que ça se fait pas. Je mens mal aux autres mais je me mens encore mieux. J’ai toujours espoir que les choses se placent.

Pourquoi je me suis casée avec, d’abord? Pourquoi je l’ai même invité à s’installer chez moi, quand il s’est trouvé une job à Québec?

C’est simple. Parce que je pouvais être moi avec lui.

Mon ami David (nom semi-fictif) a une théorie. Appelons-là la théorie du triptyque. Il pense que pour qu’un couple fonctionne, on doit être en amour trois fois. 1. Une fois avec l’autre personne. Éperdument. 2. Une fois avec la personne que nous sommes dans ce couple. 3. Une dernière fois avec la relation résultant de ces deux émotions : leur réalisation concrète, leur mise en pratique.

On a malheureusement tendance à se contenter d’un seul sur les trois. Habituellement c’est le premier ou le troisième type d’amour qui prime. Mais cette fois-là, pour moi, c’était le deuxième. J’étais à l’aise avec moi-même dans cette relation.

Moi avec mes angoisses, avec mon insécurité pis mes remises en question.

J’ai des qualités, i too. Mais je mets l’emphase sur mes défauts parce que ce que je veux dire, c’est qu’avec lui, j’avais pas cette pression de ne montrer que le meilleur de moi-même, rien que le meilleur de moi-même, jusqu’à ce que la réalité nous sépare.

Dès le départ, j’appréhendais les problèmes. Comme si mon instinct de survie se mettait en fonction, je lui mettais sous le nez tout ce qui serait susceptible de le faire fuir. Ce qui, chez moi, en avait fait fuir d’autres. Ce que j’essaie de fuir moi-même.

Je branlais dans le manche devant son intérêt affirmé, et il était patient. J’avais peur et il restait calme. Il m’a laissé la chance d’aimer la personne que j’étais en sa compagnie. C’est la première chose qui m’a poussée vers lui.

Mais avant tout, y’a eu la rencontre. C’était au Scanner en janvier. J’étais là pour voir des amis jouer.

Je l’avoue : dans les pires places pour rencontrer quelqu’un, le Scanner se classe probablement au troisième rang après le frigidaire à bières d’un Couche-Tard pis une halte routière.

Mais je l’ai déjà dit, quand ça clique, le décor a pas vraiment d’importance. Anyway, j’étais là moi avec. Je peux pas chialer. C’est comme aller sur Tinder en se disant qu’il doit juste avoir du monde fucké là-dessus. Ben coudonc, t’es rendu là toi avec. Fait que soit poli, fait de ton mieux comme tout le monde pis ça va ben aller.

Bref, il – mon ex, Xe du nom – était là, avec une fille que je connaissais.

Elle nous a présentés, je lui ai serré la main, il m’a regardé, la bouche entrouverte, un sourire en coin. Il m’a pas parlé. J’exagère à peine. Je me souviens même m’être dit que c’était d’valeur qu’il soit bizarre, parce que y’était cute pas mal. J’ai jasé un peu pis je suis repartie avec mes amis.

Le lendemain, il m’avait écrit sur Facebook. Il m’avait pas abordée parce que je l’avais intimidé. Trop belle. Beaucoup de drive. Over his league. Des affaires de même. Dans mon soucis du détail, j’ai essayé de remonter les 5075 micro-messages de notre communication à rebours pour voir ce qu’il m’avait vraiment dit, mais rendue à la moitié, j’ai manqué de courage. Revoir un fil de discussion comme ça, c’est un peu comme lire une histoire d’amour à l’envers. C’est réaliser que son format virtuel est à peu près tout ce qu’il en reste, encrypté dans une base de données à l’autre bout du monde. Archivée. Comme une affaire classée.

C’t’un brin éprouvant.

Enfin, contrairement à son habitude, l’approche Web m’a charmée. L’image qu’il me renvoyait de moi me plaisait. J’ai indéniablement besoin de ça. De l’admiration, bien mesurée, de la personne avec qui je partage ma vie.

On a discuté tous les jours pendant une semaine, pis je l’ai invité à s’extirper de la Beauce pour venir me voir la face. On a passé une belle soirée, mais déjà, je me questionnais. J’ai cru que j’en étais rendue là, à pu pouvoir entamer quoique ce soit sans tout remettre en cause. Je me disais que je verrais peut-être pu jamais clair avec un cœur usé de même. Que la peur ferait désormais partie de tous mes premiers élans amoureux. Alors sur ce coup, j’ai laissé carte blanche à ma rationalité.

Malgré tout, dans son auto après cette première date au resto, j’ai vite ressenti l’envie de l’embrasser. J’aimais son rire. J’aimais son sourire, pis j’avais le goût d’y coller le mien.

Quand on s’est embrassés pour la première fois chez moi peu de temps après, y’avait des feux d’artifices dans ma tête. J’oublierai jamais à quel point l’intensité de ce premier baiser m’a saisie. J’avais l’eau à la bouche pis autour de moi tout était à sa place.

Ça, c’est la deuxième chose qui m’a poussée dans ses bras, au sens propre comme au sens figuré. L’attirance.

Mais y’avait pas juste la chimie. Sur le plan de la personnalité, il se distinguait des hommes que j’avais connus. De ce que je m’entêtais à trouver en temps normal. Pourquoi pas faire les choses différemment? Ma façon d’agir me réussissait pas très bien jusqu’à maintenant.

C’est donc la troisième raison pour laquelle je me suis lancée là-dedans. Quand on aborde toujours une situation de la même façon, on obtient toujours le même résultat. Je sortais de mon désormais classique pattern de la sauveuse. Il était ni en peine d’amour, ni en détresse quelconque. Son indépendance, son ambition et sa classe m’avaient charmée. À la fin, je voyais plutôt son absence continuelle, son manque d’engagement dans notre couple et son goût pour le luxe s’opposant à mes valeurs. On sait qu’une relation est vouée à l’échec quand ce sont même pas les défauts de l’autre qui viennent à nous peser, mais ce qui nous avait charmé au départ.

Pis concrètement, dans la vie de tous les jours, on se rejoignait pas, on s’entendait pas. On était pas juste différents, mais, souvent, diamétralement à l’opposé. Ouin, le juste milieu j’ai ben d’la misère avec ça.

D’ailleurs, ce même ami David m’avait déjà dit qu’avec son ex, ce qu’ils faisaient de mieux ensemble, c’était de partager leur quotidien.

C’est tellement ça, être en couple. Ça rend les petits pépins de la vie moins lourds à supporter.

Sauf que des fois, même si toutes les plus belles intentions sont là, l’inverse se produit. Pis c’est déchirant de se l’admettre.

Pourtant, il m’avait tellement voulue et avait continué de me vouloir, telle que j’étais, tout au long de notre brève relation. J’avais tellement souhaité que ça m’arrive et j’aurais tout fait pour que ce soit suffisant.

Ça m’a pris tout mon petit change pour y mettre un terme.

Je pense que j’ai développé une angoisse de la séparation. Même quand y’a pu d’autres options. Même si je sais que c’est pour le mieux, j’éprouve, au-delà de la peine, une véritable révulsion à voir les gens sortir de ma chambre, de mon appart, de ma vie.

Pis ma maudite porte d’entrée qui clenche pas.

C’est niaiseux, mais à chaque fois, je dois la barrer pour la fermer comme il faut après leur départ, pis ça me fait chier.

Parce que quand le déclic de la serrure résonne dans le corridor, ça sonne trop vide à mon goût.

Oui, je pourrais aussi mettre 20$ sur une poignée. Mais je préfère être mélodramatique.

C’est l’histoire imprévisible d’un gars imprévisible

L’automne dernier, juste avant la mi-session, j’avais fini par rencontrer quelqu’un de potentiellement intéressant.

Avant, y’avait eu le gars indécis puis un ou deux protagonistes semi-platoniques pour apaiser sa perte.

Je dis « potentiel »comme si je parlais d’un candidat à un emploi, mais la comparaison est pas facile pour rien. On recherche une personne répondant à nos critères, une autre moitié correspondant à une liste ultra-rationnelle et pré-établie — plus ou moins consciemment — de préférences et de conditions.

Je me suis dit que j’allais mettre la mienne sur papier. Pour rire, puis qui sait, peut-être que ça m’aiderait à trouver la cause de mes ruptures récalcitrantes. Je verrais peut-être que je vais vers les mauvaises personnes. J’ai donc concocté une liste exhaustive des attitudes et des comportements inacceptables à mes yeux, de ce qui passe juste pas. Plusieurs points allaient de soi, mais je les avais notés pareil. Avec mon amie Jess, on l’a même allongée, nos expériences passées en guise de références. À force d’en parler en riant, la foutue liste avait fini par me rentrer dans la tête pour vrai.

Cette fois-là, le prospect en question se trouvait à être un ami d’un très bon ami, sélectionné parmi ses autres chums de gars célibataires pour moi. Oui, on pouvait être un bon match. Il avait donc quelqu’un à me présenter, comme on dit. Au début, je doutais, je trouvais ça un peu tiré par les cheveux. C’est pas parce qu’on est tous les deux esseulés qu’on va se matcher, voyons donc, ce serait de juger trop facilement la condition humaine. Tranquillement, j’ai tout de même intégré l’idée sans trop t’en rendre compte. Ça a commencé par la visite de sa page Facebook, je le trouvais cute, c’est vrai, y’avait un beau petit genre. Il faisait pas de fautes dans ses statuts : ça s’annonçait pas pire pantoute. Pis le coup de grâce, celui qui a donné mon approbation concrète à une première rencontre éventuelle, c’est quand je me suis dit que pour une fois, je rencontrerais quelqu’un de la bonne façon.

Normalement.

Parce que, comme ben du monde, j’en ai passées, des soirées dans des bars à crouser, à m’acharner sur des gars pompettes avec une volonté digne de la dernière femme sur terre. J’en ai essayé des sites de rencontres, j’ai même laissé une chance (ou plusieurs) à Tinder. J’ai vécu toutes sortes d’histoires bizarres pis comme de fait, les plus prometteuses se sont avérées les plus éphémères.

En fin de compte, ce serait une présentation en bonne et due forme, dans la suite naturelle des choses.

Je dois avouer que même si j’ai rien contre les rencontres en ligne, c’était le fun de pouvoir enfin vivre un blind date sans avoir peur que le dude soit un voleur, un violeur, ou pire encore, qu’il ait des enfants.

Mon prétendant habitait pas Québec. Quand il a fini par passer dans le coin, notre entremetteur a insisté pour que j’aille les rejoindre au Bâteau de nuit. Histoire de me présenter, au moins. J’hésitais, j’avais un gros exposé oral le lendemain matin et les nerfs en boule. Je voulais pas rater ma chance fait que j’ai mis deux couches de cache-cernes pis j’ai embarqué dans mon char.

Ce que j’avais pas encore compris en me dirigeant vers le Vieux-Québec ce soir-là, c’est que y’a pas de bonne façon de rencontrer quelqu’un. Faut se sortir ça de la tête. Ça arrive, c’est tout. Dans une société telle que la nôtre, on est déjà chanceux si, entre déboires et déceptions, on tombe sur quelqu’un avec qui ça clique. Quand ben même tu ferais sa rencontre au Buffet des continents. Pourtant, en me cherchant un parking sur la rue St-Jean, j’avais clairement plus d’attentes que d’habitude.

Je suis restée le temps de faire quelques jokes déplacées. Le temps qu’il me remarque. De mon côté, je le feelais. À minuit et demi, je repartais chez moi pour entrer en contact avec lui deux jours plus tard. On a discuté virtuellement pendant environ une semaine avant qu’il m’invite à le visiter.

Ce que j’avais pas encore compris en me dirigeant vers Charlevoix ce soir-là, c’est qu’on peut se faire croire à peu près ce que l’on veut pour combler nos désirs. Je pourrai jamais être certaine qu’il m’aurait intéressée d’emblée si on m’avait pas amenée vers lui. Si l’idée avait pas poussé dans ma tête comme des pissenlits sur un terrain fraîchement tondu. Ceci dit, je blâme pas du tout mon ami. On tire pas sur le messager.

En plus, ça a quand même cliqué un gros brin parce qu’on s’est revus plusieurs semaines d’affilée.

C’était pas un de ces coups de foudre incontrôlables mais c’était doux et bon. Ça faisait du sens. On peut jamais être sûrs, mais m’semble que ça aurait été possible, nous deux, à ce moment-là. Il correspondait à ce que je pouvais espérer d’un homme, à ma maudite liste. Pour toutes ces raisons, je devais croire que mes sentiments pour lui viendraient naturellement. Pas le choix.

Dans cet état d’esprit, j’essayais de développer une relation avec lui. Je réalise qu’il y a peu à raconter, il parlait à peine et je lui posais pas tant de questions. Pour une fois, je réussissais à lâcher prise, je profitais de nos fins de semaine ensemble. Il semblait sous mon charme et ça me faisait du bien. Moi, je me sentais moins seule. Quand je me couchais à ses côtés, je crois qu’au tréfonds de ma pensée, je révisais vers le bas ma vision de la condition humaine.

Je vivais une situation ambiguë. On se disait un petit mot à tous les soirs sans jamais se parler au téléphone. Probablement pour éviter un malaise inévitable. On se voyait dès qu’on le pouvait, se réservant systématique nos temps libres, mais sans excitation palpable. Ça nous empêchait pas de partager une intimité, une grande affection et une complicité.

Puis, du jour au lendemain, sans que je m’y attende, il a cessé de me donner signer de vie ou presque. Rien pouvait laisser présager ce revirement de situation : il me semblait même qu’elle s’améliorait. Quand il m’avait dit au-revoir à la Gare du Palais, tout semblait normal. Pendant deux-trois semaines, j’ai respecté sa distance. Il m’envoyait un Snapchat de temps en temps, par acquit de conscience, j’imagine. Le 24 décembre, quand je l’ai appelé pour lui souhaiter Joyeux Noël, il a pas répondu. Idem le 25.

Je lui ai écrit pour lui expliquer ma vision des choses. J’avais aucune raison de continuer à lui parler s’il était pu intéressé. Évidemment, là, il m’a répondu. C’est pas mal plus facile derrière un écran. Y’avait eu trop de momentum pour lui. Pourtant, j’étais certaine de rien, je laissais le temps nous dire où ça mènerait. En contrepartie, je l’avoue, j’avais pas toujours le tour, j’ai une maudite tête dure quand je pense que je veux quelque chose.

Il a avoué ses fautes : il aurait dû m’en parler, être clair, honnête. Parce que oui, y’a moyen de bien faire les choses. Si y’a pas de bonne façon de tomber en amour, il y a certainement de meilleures façons que d’autres de rompre. Il était ben mêlé, le cœur visiblement encore brisé. Comme moi, je crois. Sauf que j’avais trop vécu ce pattern pour que ça me fasse pas chier. Encore l’ex. Pu capable d’elle. On dirait que c’est tout le temps la même, une troisième personne dans mes relations, dans ma vie sexuelle, collée à nous, à moi, à mon corps que je compare systématiquement au sien, pas le choix tellement je sens sa présence. On se connait jamais elle pis moi, mais à chaque fois, elle me pourrit un peu la vie sans le savoir.

Je lui en avais d’ailleurs parlé pendant qu’on faisait connaissance. Pas question d’être numéro deux. Pas question d’être un rebound. Mais l’amour, c’t’un peu comme commander chez McDo. C’est pas parce que t’énonce clairement que tu veux pas de cornichons que t’en trouveras pas trois-quatre dans ton BigMac.

Mais bon, j’ai réécris un message très gentil, gorgé de compréhension.

√ Vu : 13h40.

Il a rien répondu.

Pas un merci, pas un ok, pas un petit-bonhomme-sourire-émoticône. Juste son maudit silence.

Non, ça passait pas.

Je me suis affirmée. Je méritais plus de considération et de respect que ça, après un mois et demi à se voir. J’étais en droit de m’attendre à des explications, même si j’en demandais pas. Après lui avoir déballé ça, il m’a dit que si j’avais envie de l’appeler, peu importe dans combien de temps, qu’il décrocherait, cette fois. Tu parles d’une faveur toi.

« J’ai déjà laissé sonner ton téléphone dans le vide assez longtemps à mon goût. Si tu tiens à moi, tu sauras ben quoi faire. »

J’avais fait ma part.

Niet. Jamais de nouvelles. Étrangement, j’avais pas vraiment de peine. J’étais juste découragée, insultée. J’avais cette impression d’avoir coulé un cours dans lequel j’avais pourtant mis l’effort nécessaire.

Ça sert à rien d’essayer de prévoir ce qu’on veut, qui on veut, d’avoir une idée trop précise de ce qu’on recherche. Ça se peut que la personne pour toi soit pas comme tu te l’imagines. Que son profil sur Réseau contact t’attires pas, ou que tes amis, jamais dans 100 ans, penseraient à te la présenter. C’est sur qu’il faut se respecter, mais c’est peut-être autant important de respecter autrui en évitant de porter des jugements ou de discréditer quelqu’un en se basant sur des conceptions idéalistes et superficielles. Anyway, je pense pas que nos critères nous amènent la bonne personne, mais plutôt l’inverse. Quand ça fitte avec quelqu’un, on en fait vite notre idéal.

Je me laisse le droit de pas être contente du dénouement de cette histoire, du silence malaisé qui l’a traversée puis poursuivie, même une fois terminée. J’ai pas envie de chercher à m’améliorer à travers cet échec, d’en tirer des vérités existentielles ou de m’en vouloir. Ça suffit, l’autoflagellation. J’ai aussi le droit d’y avoir acheté un CD pour Noël pis de l’avoir gardé pour moi.

Je l’aime ben, Joseph Edgar.

Si jamais vous désirez tout de même prédire votre avenir amoureux, faites appel à une professionnelle. Y’a plein de voyantes sur Kijiji.

Si vous êtes plutôt du genre autodidacte, j’ai vu une boule de cristal à vendre à Longueuil, 120$.

C’est l’histoire d’un (trop) grand nombre de gars

Après des années de célibat éparpillées entre diverses relations visiblement peu concluantes et drainantes, je répète souvent que j’ai vécu tout ce que je voulais vivre, et même plus.

J’ai passé quelques jours chez mes parents dans le temps des fêtes. Un bon midi, je regardais les nouvelles avec ma mère et j’ai reconnu le journaliste.

« Hey, je l’ai frenché ce gars-là. »

Non, ça me gêne pas de dire ça devant elle. C’est pas comme si elle était pas au courant de mon exubérance. Je change pas de personnalité devant mes parents.

Sur le coup, j’ai cru que ma mère trouverait ça funny, de voir un dude qui m’a embrassée passer à la télé.

À la place, elle m’a dit :

« Coudonc toi, t’as tu frenché tout le monde? »

– Ben là. Peut-être pas tout le monde, que je lui ai répondu.

Mais une quantité respectable – ou irrespectable – de gens, c’est vrai.

Ça, je l’ai gardé pour moi. Parce que j’en suis pas très fière.

Ça devrait être un privilège d’embrasser quelqu’un. Ça devrait être spécial.

Mais j’ai fait plus que des bisous, des fois, pis j’en ai donné ailleurs que sur la bouche.

À une première date, je mentionne souvent d’emblée que j’ai eu mon lot d’expériences. Je parle de mes anciens amants comme si c’était un secret honteux que je devais dévoiler le plus tôt possible. Comme si je laissais une chance au gars de partir en courant, pendant qu’il est encore temps. Après coup, je me trouve toujours niaiseuse. J’ai toujours ben pas un cadavre sous mon lit, maudit. Juste quelques fantômes du passé dessus, pis je suis loin de les considérer comme des erreurs.

Pourtant, je parle ouvertement de mes aventures à mes amis. J’en ris. Histoire de dédramatiser une situation commune à pas mal de gens, j’imagine. J’en parle même sur un blogue.

Récapitulons.

C’est que d’un côté, j’en suis gênée parce que c’est ce que la société nous dit de faire. Il faut, d’un bord – et je me prononce en tant que femme parce que j’en suis une – être mal à l’aise d’avoir eu plusieurs partenaires, mais de l’autre, il faut être sexy, désirable, attirante, ouverte d’esprit, compréhensive, cochonne et, surtout, capable de satisfaire son homme.

Je m’excuse bro, mais si ta blonde te suce aussi bien, c’est peut-être parce que t’es pas la première graine qu’elle astique, asti.

On est pas dans Fifty Shades of Grey icitte.

Bref, de l’autre côté, je sais que c’est pas grave. Ça change pas mon fond. Je suis pas un matelas usagé sur lequel on s’amuse, qu’on salit pis qu’on finit par jeter. Si ça se trouve, toutes mes histoires ont simplement fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. Cliché mais vrai. Vous seriez pas en train de lire ça.

J’ai compris pourquoi je vivais ce sentiment contradictoire assez récemment, pendant une première date, justement. Quand j’ai évoqué mon sombre passé, le gars, sans mauvaises intentions, a répliqué :

« En tout cas, moi c’est tellement pas dans mes valeurs de coucher à gauche pis à droite. »

Y’a pas si longtemps, quand j’entendais ça, je me sentais tout aussi piquée mais j’utilisais la technique rationnelle. J’expliquais alors que certaines personnes vont chercher autre chose dans le sexe que le plaisir charnel. Que l’affection et le désir, ça comble plein de besoins psychologiques.

Pour ceux qui rétorquaient que d’autres sont capables de s’en passer, de vivre platoniquement, cool, ouais, c’est vrai, mais j’ajoutais que plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. Les besoins varient selon chaque individu et ses expériences de vie, et il arrive qu’il soit plus facile de les refouler que d’y subvenir. Considérons aussi le manque d’occasions, voire le manque d’intérêt érotique, bref, on pourrait en discuter longtemps. De plus, ça reste mon avis, forcément subjectif.

Cette fois-là anyway, mes propos ont débordé un brin. Pas autant que les rivières au Saguenay en 1996, mais quasiment. Disons que j’ai laissé tomber l’approche rationnelle pour l’approche émotionnelle. J’ai voulu mettre les choses au clair une fois pour toute. 

Y’a personne qui a le libertinage comme valeur, voyons donc. Comme mode de vie passager, à la limite, pis encore. C’est pas une foutue histoire de valeurs. Personne désire faire une collection d’échecs amoureux suivis d’épisodes pénibles de malaises, de honte, de tristesse.

Sauf que ce sont des choses qui arrivent.

C’est pas dans mes valeurs d’accumuler les frustrations, de chercher à être aimée et à me valoriser comme je peux, parfois motivée par la solitude, le désespoir, d’autres fois drivée par mon envie de peau. Pis je vaux pas moins que quiconque pour ça. On a tous nos raisons.

Comme m’a déjà dit une gentille conductrice ésotérique d’un lift Allostop, on agit toujours du mieux qu’on peut dans chaque situation.

Qui plus est, je pense pas moins que ça devrait être un privilège de coucher avec quelqu’un. Ça devrait être spécial.

Et les quelques fois dans ma vie où je me suis réveillée d’un lendemain qui l’avait pas été, j’ai eu la nausée et j’ai sauté dans la douche le plus vite possible pour me sentir moins sale.

Et rendus là on aura tous deviné que me sentir sale, ça non plus, c’est pas dans mes valeurs.

L’intimité, c’est précieux, et ça aussi, j’y crois. Et sais-tu quoi? Si y’a plein de gens qui souhaitent partager leur sexualité avec toi, ça fait peut-être pas de toi une salope ou une agace, ça fait peut-être juste de toi une belle personne. T’es agréable. On a le goût de s’ouvrir à toi, de te faire des câlins pis des bisous. C’est quasiment beau, je trouve. Il existe pire comme châtiments.

Mais bon, tout est pas noir ou blanc. Malgré mon ardeur à défendre la liberté sexuelle, je dois avouer que j’ai fini par frapper un mur.

À moment donné, tu t’aperçois que t’es passé de beaucoup à trop sans t’en rendre compte. Tu le sais parce que tu t’ouvres pu comme avant. Ta réserve de laisser-aller est presque vide. Tu peux pu te permettre de dépenser ton énergie dans le vide, même pas ton énergie sexuelle. Surtout pas ton énergie sexuelle.

C’est probablement inévitable.

Moi en tout cas, je cherche pu n’importe qui, je cherche la bonne personne.

Mes besoins ont évolué. Et la sexualité vient pas à bout de les combler.

Fait que j’ai décidé de faire la grève du sexe. Y’a pas de ligne de piquetage devant la porte de mon appart, mais j’hésiterai pas à en faire une si nécessaire.

Pour décourager les plus motivés, je me gosserai une pancarte pis dessus, j’écrirai:
« J’AI ARRÊTÉ DE COMPTER. »

Source: http://cdn3.notonthehighstreet.com/

C’est l’histoire d’un… chat

Je suis une folle aux chats.

Ma théorie, c’est que plus le maître est gaga, plus le félin est zinzin. La mienne — Mimi de son petit nom — court après sa queue et mord tout sur son passage avec un penchant assumé pour les objets de valeur, genre mes bijoux ou les coins de mon Ipad. Elle attaque mon imprimante et s’amuse à visiter divers électroménagers lorsque possible : sécheuse, laveuse et frigo.

Ça vous donne une idée.

Une fois, elle en a profité quand j’étais partie pour éventrer un sac de guimauves. En rentrant, j’ai vu les pièces à convictions sur le plancher : sept mashmallows mâchouillés truffés de grosses traces de dents. Pendant que je les ramassais, je me demandais pourquoi y’avait fallu qu’elle en croque autant pour se rendre compte qu’au fond, elle aimait pas vraiment ça.

Ce genre d’incident m’inquiète pas trop parce que je l’ai prise dans une refuge, alors mon dicton c’est :

Peu importe ce qui lui arrive avec moi, c’est moins pire que l’euthanasie.

Comme quand elle a malencontreusement passé la nuit dans la cage d’escaliers de mon bloc appartements. Anyway, c’t’un chat, l’après-midi elle s’en souvenait déjà plus pis elle essayait encore de me filer entre les pattes en trouvant que ça avait l’air cool, le corridor. C’est quand même mieux une cage d’escaliers qu’une cage tout court.

Et comme on dit, qui se ressemble s’assemble; j’ai beaucoup d’amies qui sont aussi des cat lovers.

Y’a quelques semaines, l’une d’entre elles me raconte sa veillée dans un party où y’avait un bébé-chat-noir-et-blanc-vraiment-trop-cute-omg-elle-capotait. Puis elle me parle d’un dude rencontré là-bas, dans un spa avec ben du monde, c’était divertissant, j’avais l’impression de watcher Occupation double. Je juge rien, moi ma vie ressemble à une série B. Genre Watatatow mais avec du sexe. Ça fait qu’on parle-parle jase-jase de même.

– Ah Julie, je l’aurais tellement ramené chez moi.

–  Ah ouais, tant que ça?

– Y’étais tout petit là… à peu près ça de large.

En me disant ça, elle laisse un espace d’environ un pied entre ses mains.

Hmmm, un frame d’homme comme je les aime, que je me dis, un petit maigrichon. 

–  Y’était toute poilu!

Well, ok, ça c’est bizarre, mais bon, chacun ses goûts.

Elle continue.

–  Je te jure, une vraie boule de poils!

Ouin, ça j’avais cru comprendre, que je pense.

Je reste là, bouche-bée. Qu’est-ce que tu réponds à ça? Fait qu’elle me dévisage en fronçant les sourcils. Pis j’ai juste allumée rendu là.

–  AHHHHHHHHHHHHHH OKKKK, le chat!!!

On a ri à peu près autant que Colette Provencher dans un blooper météo. C’est beaucoup ça.

Mais en fait, c’est pas si fou vous savez, d’avoir confondu les deux. Chat et gars. Gars et chat. Parce que mon histoire avec Mimi, ma chatte de seconde main, ressemble beaucoup à celle d’un couple à ses débuts.

Phase 1 : La vie toute seule 

J’hésite longtemps à savoir si je veux vraiment un chat, même si j’en ai toujours voulu un. Je profite de la vie sans responsabilités t’sais, je rentre tard, je nourris et ramasse que ma personne. Faut pas prendre ça à la légère. C’est un être vivant. Avec des sentiments. En tout cas, me semble.

Phase 2 : Le coup de foudre

Je commence à fouiller tranquillement les sites des refuges de Québec, je regarde les photos, je lis les profils pour voir ce qui me convient.

Oui, j’avais quelques petits critères, je l’avoue, mais son apparence physique m’importait peu.

Je vais à sa rencontre un peu naïvement et je me jure de la ramener chez moi seulement si ça clique pour vrai de vrai. Quand on se retrouve seules toutes les deux, mes yeux bleus conquis dans ses yeux verts suppliants, c’est comme une évidence : elle est parfaite. Je l’accueille dans ma vie. Je me rassure en me disant que ma décision a déjà été pesée. C’est ce que je voulais.

Phase 3 : La passion du début

Je lui achète plein de jouets, je m’inquiète quand je vois pas où elle est, je m’assure qu’elle est bien et qu’elle a tout ce qu’il faut. Elle, surexcitée, me câline, me suit partout, me regarde un peu trop intensément. On dort collées, la tête sur le même oreiller, où il lui arrive d’ailleurs de me laisser ses toutous plein de bave en guise d’offrandes. Au moins elle essaie de me faire des cadeaux. C’est l’intention qui compte.

Phase 4 : Les doutes

Quelques jours passent, puis ce trop plein d’amour et d’émerveillement à mon égard m’étouffe de plus en plus. Est-ce normal? C’tu une genre de chatte freak? En plus, je pensais qu’elle dormirait toute la journée pis qu’elle serait indépendante, tandis qu’elle a de l’énergie à revendre, qu’elle fouille partout et qu’elle peut pas être dans une pièce sans moi.

Mais je réalise que je peux plus vraiment reculer, je me sens acculée au pied du mur. Quelles sont mes options? Je peux quand même pas m’en débarrasser, je l’ai choisie. Je me suis engagée. Ça lui briserait le cœur. Je lui ai même dit que je l’aimais.

Ça change mes habitudes c’t’histoire-là. Ça me sort de ma zone de confort. Elle est envahissante.

J’ai un malaise dans l’estomac quand je la regarde. Mimi, elle, a pas l’air tourmentée. L’introspection, c’est pas le fort des chats.

Phase 5 : L’adaptation

Pis c’est comme n’importe quoi, sans même que je m’en rende compte, les choses se placent. On pogne le beat. Elle me tape de en moins en moins sur les nerfs. Mimi a compris que j’ai pas rien que ça à faire de m’occuper d’elle et moi j’accepte tranquillement quelques unes de ses mauvaises habitudes, comme sa façon de ronger mes fils d’ordis, de boire dans la toilette et d’avoir tout simplement tué mon bambou porte-bonheur supposé m’amener la richesse. Déjà que j’avais pas trop d’espoirs de ce côté.

C’est drôle, mais je remarque que plus je lâche prise et que j’arrête de chialer, plus ses manies s’atténuent.

Je commence à apprécier sa personnalité fouine pis à en rire. Quand je parle d’elle, je me mets à la vanter. Mon chat c’est le plus hot. Pis tant pis pour ceux qui comprennent pas. C’est qu’ils l’ont pas vécu.

Phase 6 : L’équilibre

À moment donné y’a pu vraiment de up and down extrêmes.

Elle répond mieux à mes besoins et je réponds mieux aux siens. Des fois elle m’énerve mais jamais plus qu’il m’arrive de m’énerver moi-même. La plupart du temps c’est juste chill. La plupart du temps, elle m’attendrie.

Ces temps-ci, elle se couche à côté de moi quand j’écoute Breaking Bad, quand je travaille à l’ordi elle s’étend à moitié sur le clavier pis elle essaie de pogner la flèche de la souris à l’écran.

La nuit, elle dort sur mes jambes pis le matin elle est toute colleuse.

Car comme bien des hommes que j’ai connus, c’est le moment de la journée qu’elle préfère pour se vautrer contre moi en ronronnant.

mimi

C’est l’histoire d’un gars indécis

J’ai réécris ce texte une bonne dizaine de fois sans savoir comment parler de toi.

Pourtant, tu m’as quelque peu inspirée ce blog. Dans le sens que j’ai eu l’idée après une nuit blanche à me casser la tête à cause de toi. Au petit matin, j’ai eu le flash. Ça prenait peut-être un homme de plus dans mon lit pour me donner une banque d’anecdotes suffisamment imposante. Une souillure de plus.

Je passais beaucoup de temps à réfléchir, c’est vrai, à me demander ce que j’avais fait de pas correct. Parce que c’est toujours ça que je me dis, que j’ai donc-ben-du-faire-quelque-chose-de-croche pour que mes relations s’enchaînent et se ressemblent toutes… en fait, je viens d’identifier le nœud même de la problématique. C’est un cercle vicieux.

Problème #1 : Elles s’enchaînent.

Je sais pas trop pourquoi, mais dès que je suis seule mon radar s’active. L’instinct? L’habitude de tout surconsommer? Dans tous les cas, je saisis les opportunités, je garde l’esprit ouvert, j’accepte un café, une bière, un souper, alouette. Quand enfin quelqu’un me plait je laisse les choses aller, j’essaie de rien forcer, puis BAM, ça vire mal.

À la longue, ça me laisse l’impression que ma vie, c’t’un sucre à la crème qui pogne jamais.

Problème #2 : Elles se ressemblent.

Mon pattern à moi, c’est de tomber en amour avec le dude mêlé, celui encore accroché à son ex ou pas vraiment prêt à s’investir. Je l’ai déjà dit, je me valorise en pensant être la sauveuse des âmes en peine. Comme une infirmière pour les malades, genre. Sauf que je remplace les injections par des fellations. C’t’une façon comme une autre de béquer-bobo.

C’est peut-être pas juste moi le problème non plus. On en a tous des bibittes. Au sens figuré je veux dire.

C’est peut-être l’amour qui cloche aussi, ces temps-ci.

Ma dernière débarque date de cet été. Je recommence juste à être capable de pédaler.

À la fin juillet, quand je t’ai rencontré, m’semble que j’étais pas si pire côté fêlures. Peut-être que c’est ce que je me plais à croire, mais je pense que je me sentais bien avec moi-même pis toutes les autres shit qu’on doit avoir pour rencontrer la bonne personne, genre la joie de vivre pis une job steady. Même que j’avais pas baisé depuis quelques semaines. Ce soir-là, je portais une jolie robe fleurie achetée chez Mango une demi-heure plus tôt. Je suis sure que si on m’approchait assez, je devais sentir l’été.

C’était un souper avec des amis communs, tout simplement. Quand tu t’es levé pour aller à la toilette, j’ai avoué aux autres que tu me faisais fondre encore plus que le 32 degrés qui enveloppait Québec comme un drap contour. Quelqu’un a mentionné que tu sortais d’une relation. J’ai flushé l’idée de te crouser en même temps que t’as dû tirer la chasse.

J’ai quand même résisté deux-trois fois à tes invitations, me cramponnant à mes échecs passés. J’ai fini par céder. Ça tombait comme bien, j’avais besoin de bras pour m’aider à déplacer un divan sur le bord du chemin t’sais, pis ça me gênait d’aller demander à mon voisin parce que je me souvenais plus de son nom. Tu t’es pointé directement chez moi. Entre chien et loup, j’ai forcé sur le meuble avec toi, mes orteils moites glissaient dans le fond de mes gougounes en même temps que mes yeux sur ton corps. Après, on s’est assis sur mon balcon, on a bu une couple de Sleeman; j’en garde toujours dans mon tiroir à légumes. Tu m’as écoutée parler de ma famille, de la Baie-des-Chaleurs, de Jake Bugg et de Nelly Arcand.

T’es revenu chaque jour pendant deux semaines.

Doux le mois d’août, rempli de sexe, de cafés glacés, de bières sur des terrasses, de steaks sur le barbecue, de matinées pas pressés de se décoller et de retards à la job. Tu m’as demandé d’être ta blonde. J’ai accepté malgré l’étrangeté de ta requête, soufflée dans ton haleine de clope et de bière.

T’as paniqué à la Fête du Travail devant l’idée d’une petite soirée où je te présenterais à des amis. Pis t’as commencé à prendre tes distances. J’ai été douce, calme, compréhensive, mais même les choux à la crème de la Fournée bio te laissaient tiède. Plus j’étais smatte, plus te me glissais entre les doigts, plus t’avais d’emprise sur moi et moins j’en avais sur toi.

En d’autres mots, j’étais dans marde.

Je t’ai dit que je t’aimais parce que j’ai cru ça te brasserait en dedans, mais aussi parce que c’était vrai et que je suis pas capable de me taire. Avec de la chance, ça te retiendrait. T’as pleuré, c’est vrai. Mais je savais pas encore que c’était parce que t’avais de la peine pour moi.

Tu savais plus ce que tu voulais. On a eu de longues discussions d’épouvantes et éprouvantes. Plus on se revoyait, plus ça nous brisait.

Quand t’es revenu vers moi la dernière fois, tu m’as confié qu’une journée tu voulais être avec moi, la deuxième tu souhaitais être seul étant donné ta récente rupture, et le troisième jour de ce cycle perpétuel, tu nageais entre les deux options. Je t’ai répondu que j’étais pas capable de me donner qu’à moitié. Que d’être voulue à 50%, ça suffisait pas.

Comme une amie m’a si bien dit :

« Ben là, c’est même pas la note de passage. »

En septembre, j’ai pété mon forfait Vidéotron parce que j’ai watché trop de films d’amour sur Netflix évachée dans mon lit à croquer dans des palettes de chocolat noir.

Puis les choses se placent, t’sais. On est tous en peine de quelqu’un. On réalise que notre corps a besoin de protéines et de légumes. Le cacao et les glucides ça fait son temps.

Ça fait qu’on essaie d’oublier. On se promène comme ça, en société, les cicatrices à l’air, trop souvent encore à vif, à la recherche vite vite d’un band-aid pour mettre dessus. D’un remplaçant, d’une remplaçante. D’un baume. Peut-être pour ça aussi qu’on enfile les relations aussi proches les unes des autres que des morceaux de viande sur une brochette.

Ma mère dit qu’on doit laisser les blessures à l’air libre.

Faut que ça respire pour guérir.

C’est drôle parce que t’as voulu me revoir y’a quelques jours et j’ai accepté.

Là, j’ai compris que tu voudrais jamais de moi que mon corps. J’ai saisi que mes yeux dans les tiens valaient rien si tu voyais pas, un peu plus bas, ta queue dans l’embrasure de ma bouche. À la limite, mes blagues et ma compagnie t’iraient encore si y’étaient pas toutes beurrées de sentiments pour toi.

Ça a été une histoire brève, c’est vrai. Mais si ça a duré assez longtemps pour que tu puisses te rendre compte que tu me voulais pas, ça m’a laissé amplement le temps de désirer l’inverse.

J’te blâme pas d’essayer pareil de me revoir si ça te tente. On est tous égoïstes. Moi aussi, je le suis. Je veux quelqu’un qui va prendre soin de moi. Comme il faut. À 100%. Parce que comme je t’en ai déjà fait part, je suis pas parfaite, mais je suis exceptionnelle, pis ça devrait amplement suffire.

Oui, je suis un brin prétentieuse.

C’est un de mes défauts pis il va rester drette là où il est.

Source : coupdepouce.com

Source : coupdepouce.com